12 contes pour le 12.12.2012

Incipit

12 contes de sagesse pour  cette fin du monde annoncée au 12.12.2012  selon le calendrier Maya. A l'heure du rétrécissement du temps, avez-vous remarqué qu'on court de plus en plus vite, que nos 24 heures se sont transformées en 17 heures ? Et malgré cela, on prétend faire la même quantité de choses, puis on s'étonne de cette fatigue, de cette constante "intranquillité". La fin du monde en 2012 ? Oui, assurément l'achèvement d'un certain monde.  Le monde finira par prendre conscience de ce qui le détruit.  La fin d'un monde qui ne laisse plus place à la conscience. 

Ces contes sont une invitation  sur mon 99 ème parallèle, cet  espace de ma géographie intérieure, aux frontières qui délimitent mon univers commun de cette dimension infinie qui nous habite, ouvrant les portes généreusement sur un ailleurs qui n’est jamais si loin, parfois si proche qu’on en arrive à l’oublier, à ne plus le voir, ni le sentir. 

Un retour sur soi qui laisse passer un souffle immense, bienfaisant et qui prépare non point à la fin du monde, mais à la fin d’un certain monde qu’il est temps de revoir à l’aune d’un regard critique sans craindre de le changer en profondeur pour un meilleur.   

12  contes de sagesse qui penchent pour une langue simple, universelle, la sagesse ne devrait jamais être compliquée à énoncer. Un cheminement poétique sur mon 99 ème parallèle, un tracé  imaginaire sur le méridien de ma conscience pour faire  vibrer intensément les promeneurs  qui s’y invitent. 

 

ENTRE BEAUTE ET HARMONIE, UN FIL DE SOIE

 

Je tiens la statue d’un chaman, un Machi araucan, longuement entre mes mains, mes doigts glissent sur ces formes parfaites et douces, j’hésite et décide de l’acheter pour une amie. Le vendeur est un Indien aux cheveux longs, un soleil représenté autour du cou et tenu par un collier en cuir, il n’a que deux ou trois statuettes posées sur un linge devant lui. 

Comment s’appelle ce chaman m’enquis-je ? Il me sourit, me prend par les mains qu’il tient longuement et me réponds :” tu trouveras toi-même son nom après 12 jours !”Etonnement…. Je n’insiste pas. Mais effectivement, il reste précisément 12 jours en ma possession, le jour où je devais l’offrir, la valise est restée bloquée à l’aéroport de Madrid. La statuette est encore avec moi et j’attends une prochaine occasion pour l’offrir comme j’avais prévu de le faire. 

Le premier soir, couchée, alors que je ferme les yeux, aucun paysage n’apparaît, pas la moindre image, pas la moindre scène revue durant le jour. L’Indien m’a volé mes rêves, mon imaginaire, sans doute   ! La statuette est près de moi encore emballée dans son papier. Le deuxième soir, alors que je ferme les yeux, une pierre translucide apparaît, elle rayonne de l’intérieur, elle est ovale et une lumière étrange s’en dégage. 

Une conversation entre moi et l’Inconnu se déroule de façon étrange. Ni peytl, ni herbe du Diable. Cet entretien semble se passer au-delà des mots, deux esprits se rencontrent, un dialogue inhabituel entre lui cet autre et moi, impossible de dire si c’est un homme ou une femme. 

Ainsi s'exprima-t-il : 

 “Ce soir, c’est une pierre qui attire ton regard, sa forme douce caresse tes yeux, sa lumière tamisée explore la nuit noire de tes rêves. Au-delà de sa beauté, c’est la puissance de la pierre qui te donne de la force. La Beauté est partout sous tes pieds et au-dessus de ta tête, la nature entière est un chant dédié à cette Harmonie, mais plus belle encore est cette nature depuis les ailes d’un aigle, la beauté bien qu’on croit la regarder de haut, vient de l’inté- rieur. Elle résonne au-dedans et touche le fil de ton harmonie, parce que la beauté est en fil tendu avec l’harmonie. Un malade, ne voit plus la beauté, son harmonie est brisée comme les vagues qui se fracassent contre un rocher. Le malade, lui ne voit que de la laideur, il se nourrit de nouvelles tristes qui le rendent encore plus malheureux. 

On t’enseigne qu’une chose est belle, on lui donne un prix, mais la beauté ne s’achète pas, tu la ressens, et cela n’a plus de prix. La Beauté ne réside pas dans l’objet que tu vois, mais dans le sentiment que cet objet t’inspire alors pourquoi vouloir le posséder, tu le sais ce que tu possèdes finit par te posséder, c’est pour cela que nous brûlons les cadeaux que nous recevons, on apprécie le geste et on se libère aussitôt de l’objet. 

Nourris ton harmonie en cherchant la beauté, au moins trois fois dans la jour- née, trouve l’occasion de t’étonner devant la beauté d’un arbre, d’une fleur reviens à la nature car tu en fais partie et trop s’en éloigner finit par causer des souffrances, mais un beau sourire, le visage d’un enfant sont aussi harmonieux … Il suffit d’ouvrir tes yeux et de contempler ne serait-ce qu’un instant, mais pour cela, il faut s’arrêter un moment et observer. 

Le beau rayonnera en toi comme cette pierre que je t’ai montrée, elle t’illu- minera de l’intérieur, ton âme rayonnera de cette lumière dans laquelle tu baignes. Comme les ailes de l’aigle, la Beauté t’emporte très loin, elle te donne des ailes pour l’infini, ton âme chante l’harmonie. 

L’aigle se sent léger parce qu’il regarde en haut et plane , le boeuf marche lourdement, l’échine courbée,   l’oeil rivé au sol. Aigle ou boeuf ? A toi de choisir.

Et il termina par ce récit étrange et si poétique : 

«La divine Energie mit au monde deux jumelles, plus belles l’une que l’autre. Beauté et Harmonie. La première rayonnait de mille feux, elle illuminait tout sur son passage, la seconde plus discrète diffusait un bien-être agréable à qui s’en imprégnait. Elles étaient inséparables, à un tel point qu’elles décidèrent pour ne jamais se séparer de tendre un fil de soie, magnifiquement tissé par divine Energie, et de les lier entre elles. 

Un fil qui permettrait aux humains d’avancer soit vers la Beauté et poussé par l’Harmonie, soit l’inverse tourné vers l’Harmonie et poussé par la Beauté. C’était le jeu le plus délicieux qu’elles aient inventé, mais le piège est que si l’humain regardait dans le vide alors il serait happé par le néant, voué à être englouti par le vide, perdu à jamais. 

C’est ainsi que ces deux divinités offrirent un fil de soie pour qui voulait tendre soit au Beau, soit à l’Harmonie, un fil invisible tissé par une si belle Energie et qui donne à celui qui l’emprunte des ailes puissantes.» 

 
Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright

 
 

 

 

Le jardin de notre vie

 La passion de ses paysages intérieurs où dans les recoins les plus cachés naissent des jardins secrets ; ronces, épines, des broussailles inextricables, des amas confus qui s'entassent dans les sphères profondes de notre être, qui pèsent lourdement,  qui font voir la vie à travers ses fils entremêlés.  Un rien, l'événement le plus anodin, la phrase la plus insignifiante viennent bouleverser ce désordre ; finalement charrier au plus profond de soi  ces monticules qui nous écrasent de l'intérieur et nous contraignent à vivre à fleur de peau, des amoncellements qui s'élèvent si haut  jusqu'à peser, ô trop souvent, sur l'âme.

Ces blessures qui s'amoncellent et que l'on méprise, que l'on ignore tandis qu'elles vivent de leur vie propre, brassent des  émotions profondes,  envahissent pareilles à des mauvaises herbes notre champ intrinsèque, mènent le bal et zèbrent notre inconscients , traçant de larges stries pour former des sillons toujours plus profonds où la terre se transforme en  sables mouvants où tout devient stérile, où tout se noie dans le magmas confus de cet enchevêtrement difforme.

Parfois, on aurait envie de devenir jardinier, prendre comme outil toute son énergie, toute sa meilleure volonté et se pencher sur ces carrés laissés à l'abandon.  Observer ce fouillis, ces grandes traces laissées par la vie, et se mettre à bêcher, retourner la terre de son existence, bouleverser  ces monceaux accumulés tout en sachant qu'on ne peut  rien brûler, ni rien jeter. Il va falloir faire avec tout ça, ce qui est vécu reste, s'ancre indéfiniment. Alors, il faut arroser de patience, d'amour, d'auto-compassion. Drageonner ce que l'on a scindé pour créer des caïeux prometteurs, drainer avec notre courage une terre laissée trop longtemps à l'abandon.

J'en conviens, c'est épuisant, parfois on aimerait renoncer, l'effort à fournir semble insurmontable. Des périodes de découragement certaines, avoir envie de jeter l'éponge, avec un soupir désespéré :  à quoi ça sert ? C'est trop dur.  Mais l'espoir nous aide  à reprendre  courage et se remettre  à la tâche.

Et ces blessures travaillées à la sueur de notre front, un jour, de la façon la plus inattendue, se mettent enfin à fleurir. Des fleurs aux couleurs magnifiques, des paysages chamarrés, des campanules joyeuses qui semblent courir dans le champ de notre vie. Et de s'interroger, quelles sont ces plantes magnifiques ? Ce sont mes blessures qui ont fleuri, c'est le jardin de ma vie dans lequel je flâne à apprécier chaque jour le résultat de mon ouvrage. Cette grosse blessure-là  est devenue chêne solide, les petites là-bas, des prêles qui abondent, je les désigne comme  autant de merveilles qui emplissent dorénavant mon univers. Mais cette blessure qui est là dans un coin, encore si nouvelle. Parfois on hésite, il faut encore un peu de temps pour la transformer dans le jardin de notre vie, on ne sait pas précisément en quelle fleur magnifique elle se transformera, il est trop tôt. Confions- la au temps qui lui, aussi est un grand jardinier.

Nous portons tous en nous, ce jardin secret susceptible de devenir extraordinaire et où nos  souffrances sont  comme des semences qui transformeront  les blessures de notre moi profond en parterre " jonché de fleurs splendides ":

"En automne, je récoltai toutes mes peines et les enterrai dans mon jardin. Lorsque avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs spendides et exceptionnelles."

De Khalil Gibran

 
Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright

 

 

L'Amour plus fort que la Mort

 Des moments de grâce se partagent comme des joyaux les plus précieux, quand bien même l’intimité d’un rêve est révélée au grand jour. Mais le devoir de celui qui écrit est bien de veiller sur le monde et donc de partager.

Sous les prismes lumineux d’un mystère dévoilé, les facettes d’un monde que l’on redoute et qui nous échappe se présentent sous l’angle le plus inattendu : vivre en rêve sa propre mort.

Je fis ce songe résolument mystique , il y a de cela plusieurs mois : sous les paupières closes, profondément endormie, baignée dans le silence profond de la nuit, un rêve m’apparut. Morte, sans aucune appréhension, je n’étais plus qu’une source d’énergie invisible qui se déplaçait dans une pièce sans que l’on m’aperçoive. Les seuls signes que je pouvais donner était de jouer avec les lumières, pour marquer ma présence ; je les éteignais et les allumais, tandis que les têtes des vivants observaient intrigués ce ballet d’ombres et de lumière. Une dernière fois, je voulais leur montrer que partir signifiait exister autrement.

Plongés dans une tristesse infinie, assurément les membres de cette famille que je ne connaissais pas ou ne reconnaissais plus me pleuraient, parmi eux , des enfants. Je ne ressentais pas leur chagrin et ne pouvait guère l’analyser ni le comprendre intellectuellement, le seul sentiment qui restait était un sentiment intense d’amour. Mon âme tout entière paraissait baignée dans ce halo lumineux d’une force puissante crée par cette capacité d’aimer qui avait survécu à tous les autres sentiments si humains, ô combien humains !

Un enfant debout sur une table et que l’on habillait tant bien que mal ne cessait de sangloter. Je m’approchai de lui toute énergie transformée que j’étais et réussi à lui donner ce qui restait de sentiment unique et entier ; un amour d’une présence palpable; surpris, il sentit comme un courant qui l’enroba et il cessa de pleurer , devenu alors tout sourire, à l’étonnement de tous .

Puis,  légère et invisible, emplie de ce sentiment infini, j’allais aérienne, d’une force tranquille, en parfaite harmonie avec moi-même ressentant plutôt que voyant ce monde dont je m’étais éloignée et pourtant auquel un lien très fort me rattachait; je sentais l’amour de ces gens que je ne reconnaissais plus et à leur tour, ils sentaient le mien.

Le mystère dans lequel j’étais plongée finit par me réveiller, heureuse, emplie d’une joie immense, radieuse dans mon nouvel état de grâce. Voilà à quoi ressemble la mort, me dis-je, le corps s’en va, mais on continue à être relié au monde par la force de cette plénitude qui est l’amour. Un rêve quasi mystique, d’une connaissance millénaire qui revenait à ma conscience sous la forme d’un songe. C’est comme si mon cerveau avait reproduit une situation qu’il avait déjà vécue et qu’il ne faisait que reproduire un état que j’avais connu auparavant. La leçon magistrale fut retenue : l’amour plus fort que la mort. Une universalité intemporelle et ineffable, l’être réduit à sa fin n’est plus qu’une étincelle d’amour. Voilà notre belle destinée, aimer à l’infini !

Un rêve en forme de mystère révélé, un état de grâce d’une beauté absolue. Vivants ou morts, nous baignons dans cet univers qui est en réalité le nôtre et le seul qui nous apporte joie et bonheur : aimer sans compter, cette force qui nous rend dès lors éternels, qui brise toutes les frontières, au-delà des sentiments de peur, d’hostilité, de haine. Partis, il ne nous reste plus qu’à aimer à l’infini, tout être vivant puisqu’on ne les identifie plus comme appartenant à notre famille. Notre vraie famille est devenue entière sans distinction de race, de nationalité, de statuts sociaux. Nous devenons cette étincelle qui englobe le monde. Voilà notre nouvelle puissance ! Une liberté absolue d’aimer pour toujours.

Je compris alors que le monde souffre; que l’individu s’étiole,  que tout ne devient que douleur lorsqu’on s’éloigne de notre source d’énergie, c’est peut-être cela la part de divin que l’on porte en soi. La quintessence même de notre être réduit au néant devient AMOUR , une énergie éternelle qui se partage entre morts et vivants parce que dans le fond, il n’y a pas de frontières entre nous. Il suffit d’être attentif et vous ressentirez l’Amour que les aimés partis vous portent encore au quotidien . Ils sont là et vous l’offrent, il suffit d’être  à l'écoute, et vous la sentirez cette magnifique étincelle qui vous rappelle qu’on n’est jamais seul.

Nous sommes pour toujours unis à ce même lien indestructible même au-delà de la mort : l’AMOUR !

 
 
 
Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright 

LE SOUFFLE COSMIQUE

Mon rêve fut bercé par une légère bise, avais-je laissé la fenêtre entr’ouverte ? Un souffle légé me caressait le visage et c’est comme si toute mon attention s’était concentrée sur ses légers courants qui semblaient courir sur mon visage et mon corps.

 

Mon maître -  je m’en doutais, était là,  j’avais reconnu le chaman -  il paraissait venir avec la bise, elle l’annonçait de façon subtile, on ignorait si sa présence, se manifestait ainsi, par un de  ses tours dont il avait l’art.  Mais on comprenait qu’il était là, en face de vous. Dans vous !  Vos pensées se déroulaient pareilles au fil d’une pelote de laine, vous tiriez sur le fil et qui alors tenait la pelote ? lui assurément.

  

C’est ainsi que je me trouvai plongée dans une longue réflexion dont il organisait le cours afin de ne pas me laisser perdre sur les chemins troubles de ce qui appartenait à  la réalité et à l’illusion.

 

Qu’importe plus que le Souffle, à l’origine de la vie, dans une aspiration et expiration continue à un point que nul ne se pose plus la question de savoir ce qui le maintient en vie. On a beaucoup pensé au cœur, mais sans souffle, l’être n’existe plus.

 

Avant que la Lumière fût , il y a d’abord eu le Souffle de Dieu qui planait au-dessus de la surface des eaux. T’en souviens-tu ? Remonte à la genèse, ressens ce que je te dis. Avant la lumière, un souffle divin animait déjà le monde, avant même que l’homme n’apparût le Souffle le précéda.

 

A ces mots, auxquels, j’acquiescai, sans émettre le moindre doute, je fus soudain dans mon rêve transporté dans une forêt. Assise sur un parterre de mousse, au-milieu de grands arbres, je regarde la forêt tout autour de moi. Le chant des oiseaux, la saison est assurément le printemps, le chant encore naissant des oisillons. Tout est paisible, j’observe la cime des arbres qui se balance doucement bercée par une bise légère . Pas la moindre trace d’être humain. J’écoute paisiblement ces branches qui grincent en se  frottant les unes aux autres,  un rayon de soleil joue à cache-cache et darde ses rayons printaniers au milieu de cette forêt. Un jeu d’ombre et de lumière avec ce zéphyr ténu, me berce à mon tour. Puis, en l’espace de quelques minutes, je sens devenir l’arbre bercé par le vent. Un souffle extérieur me donne une vie nouvelle, puis je sens monter de l’intérieur une autre force et c’est une impression étrange de deux souffles qui communiqueraient entre eux, le souffle extérieur et le mien, à l’intérieur qui s’harmonise avec celui de l’autre.

 

Arrivée à ce point magnifique de fusion parfaite entre ces deux souffles, c’est comme si j’étais devenue à mon tour  arbre, fleur, herbe, je sentis alors vibrer toute la nature qui m’environnait. Je percevais l’essence même de ce qui m’entourait. Mon énergie nouvelle, me permettait d’entrer à l’intérieur de l’arbre et de le sentir de l’intérieur. Son souffle était devenu le mien, nous respirions en même temps ce qui nous amenait sur les  mêmes ondes, parfaitement  identiques. L’arbre ne pensait pas, il ressentait et je savais, j’expérimentais avec lui ces sensations nouvelles. Puis, comme dans un voyage magnifique, je me mis en connection avec tout ce qui vivait autour de moi. Nos souffles intérieurs communiquaient entre eux, leur vie, c’était cette respiration invisible qui se transmettait de l’un à l’autre. Je découvrais, alors,  ce langage magnifique, un message universel avec ses codes particuliers mais qui formaient une pensée, une présence indicible. Un creuset commun dans lequel nous étions tous regroupés,  étroitement unis, soudés par une même énergie. Indivisible. Même la pierre est animée de cette vie qui est aussi la nôtre.

 

Au cœur de cette forêt, en parfaite fusion, à mon tour avec elle, je respirai avec la forêt entière. La présence d’un animal ou d’un oiseau était annoncée par son souffle peu importe la puissance ou la faiblesse de celui-ci. Même la fourmi qui s’approchait de moi, annonçait son arrivée par ce souffle ténu à peine perceptible mais que je sentais comme s’il fut aussi fort que le mien. C’est ainsi que ma conscience comprit que le langage de la nature communiquait par ce biais, créant une espèce d’aura qui entourait chacun des êtres vivants et j’appartenais à ce monde qui vivait, nulle trace de différence entre cette nature et moi. Nous ne faisions qu’un.

 

Une profonde sensation de paix et de sérénité m’envahissait, je ne pensais à rien, je me balançai au rythme du vent comme tout ce qui m’entourait, Nous suivions le même mouvement, sans résistance, sans tressautement, tout paraissait étonnement calme dans ce mouvement induit par le vent. Nous formions un groupe de danseurs qui nous balancions tous ensemble et chacun sentait la présence du souffle de l’autre qui le faisait exister.

 

Mon corps entier, mon  âme étaient traversé par ce souffle sans lequel la vie ne serait plus. C 'est alors que je compris que cette vie en moi au gré de mes respirations m'habitait jusque dans chacun des  pores de ma peau. Comprendre cela et le ressentir, enfin, la  nature et tout être vivant étaient  indissociablement rattachés à ce courant qui nous traverse et qui fait que nous sommes.

 

En soi, c'est très évident, mais l'évidence n'est assurément pas encore source de sagesse. Si du souffle dépendait ma vie, alors il fallait concentrer ma vie sur ce souffle. A priori, la chose paraît simple, mais la vivre au quotidien devient sagesse.

 

Respecter son souffle comme base de sa vie entraîne forcément une autre façon de vivre. Adieu les cigarettes et les endroits enfumés. Adieu les repas surchargés. Adieu les concours sportifs à courir après des médailles et des rêves de puissance et de gloire. Adieu les émotions qui vous submergent au point de vous étouffer, des annonces de drame qui vous coupent la respiration. Fuir l’hyperactivité encensée par notre société qui se plaît à croire que l’on produira plus à force d’excitation exacerbée. Réduire, diminuer, surveiller son souffle pour que rien ne le contrecarre devient une vie de tempérance, de contemplation, de distanciation, de prise de recul, de gestes sûrs et lents. L'occasion de comprendre l'essentiel, ce qui est prioritaire ou pas. Comprendre le et savoir l’évaluer, ce qui néfaste pour le souffle est néfaste, l’est donc pour moi.

 

Essayez un seul jour, une fois dans votre vie, un jour suffit de le consacrer entièrement à votre souffle, vous saurez à quoi ressemble le sage. Une tempérance absolue s'installe inexorablement. sans que vous vous en aperçeviez, ou bien si, vous constatez un calme prendre place, une tranquillité soudaine qui vous rappelle que le monde existe autour de vous, qu’il vibre, respire, communique.  Sentir ensuite à travers ce souffle puissant en vous comment vous êtes relié à ce courant qui donne vie à tout ce qui bouge, vous voilà connecté à la nature, au monde qui vous entoure, aux gens qui vous approchent. Vous voilà enfin vivant, l’hyperactivité n’est pas une forme de vie, elle en est sa caricature. Vivre c’est écouter et entendre le langage de tout ce qui existe autour de nous et vous réaliserez que tout parle, de la chose la plus infime à la plus grande.  Un miracle de la nature ? Non, une réalité que dans notre trouble constant, on avait fini par oublier. Et cet oubli, on le paie par une « intranquillité » constante qui nous rend frénétique, qui nous fait chercher ce dont on a besoin dans les échappatoires les plus divers et au lieu de trouver on s’éloigne de ce qui nous comblerait entièrement. On perd vue sur ce qui nous satisferait pleinement et le corps et l’âme, et à la place, tout ne devient plus qu’agitation, course contre l’éphèmère, intranquillité fébrile qui nous transforme en objet survolté, en gouffre de besoins douloureux, alcool, sexe, achat compulsif, dépendances de toutes sortes.  Et plus on en consomme plus on s’éloigne de l’objet de notre quête. Le calme intérieur qui nous  relie au monde. La tranquillité qui nous fait voir les choses telles qu’elles sont et non point faussées par une hystérie aigüe qui rend sourd et aveugle et clos aux vibrations internes et externes.

 

Un seul jour pour votre souffle vital et vous sentirez à quoi nous sommes reliés, quel est ce qui nous lie à notre environnement, comment le monde et nous ne formons qu'un tout unique. Le souffle est divin, sans forcément vouloir le rattacher au religieux, le souffle est notre énergie vitale sans laquelle rien ne subsisterait. Respecter son souffle, c'est respecter non seulement la vie, mais notre dimension universelle et notre compréhension du monde dans lequel nous vivons, là où nous nous nourrissons tous, humains, animaux, plantes, minéraux à ce même courant de vie. Nous ne formons qu'un Tout unique. Comprendre cela et l'appliquer c'est intégrer la  part de divin en nous que nous respectons comme la chose la plus sacrée et qui nous amène à nous respecter, nous et les autres et tout ce qui nous entoure.

 

 

 

Il est intéressant de constater que l'âme, l'anima est associé au souffle vital. Notre âme est en réalité notre souffle vital, qui continuera à exister même en notre absence, par-delà notre propre vie. Ce courant immense auquel nous nous connectons tout au long de notre vie, sans même s'en apercevoir. D'où l'expression « rendre l'âme », c'est-à-dire rendre le dernier souffle, le rendre comme si on nous l'avait prêté le temps d'une vie. Un fil se détache, mais le mouvement universel continue sans nous, il se déploie décroche des « anima » ou en récupère. Oui ! Le cycle perpétuel de la vie immanente.

 

Appelé Prãna en sanskrit, ki en Chinois, étudié par les plus grands philosophes le souffle vital, la vie qui nous est insufflée et qui anime nos âmes demeure le plus grand mystère de nos existences , d'où nous vient ce souffle, pourquoi nous fait-il vivre ? Sans lui on meurt aussitôt. Ces questions simples en l'occurrence restent de véritables questions existentielles et que l'on ne peut pas occulter.

 

Même si nous ne possédons pas les réponses précises, de façon empirique, on peut vivre en harmonie avec son souffle vital et par extension en accord avec le monde dans lequel on évolue, soit aller à l'encontre de ce courant  et évoluer dans notre existence en perpétuel état d'étouffement, avec cette terrible sensation de suffocation qui angoisse profondément. Avez-vous déjà vu un angoissé ? Il ventile, il sue, il inspire profondément pour chercher son souffle, au bord de l'asphyxie et ceci ne fait que rajouter à son état de surexcitation.

Une personne calme inspire tranquillement, elle  se charge de souffle vital, le répartit dans tout son organisme, le visage est détendu, la posture au repos. Tout semble paisible chez cet être pour qui la vie paraît couler paisiblement.

Il ne reste plus qu'à choisir la façon dont on souhaite vivre ; constamment au bord de l'asphyxie, ou calmement en tout quiétude.

Question de nature ?me rétorquerez-vous. Non ! Question de discipline, chacun d'entre nous à n'importe quel moment de sa vie peut changer le cours de son existence. La petite voix, à l'intérieur, sait si bien le dire quand il est temps de donner à cette existence qui est la nôtre une deuxième, ou troisième chance lorsqu'on s'est fourvoyé sur des sentiers périlleux et difficiles, lieux de souffrances qu’il faut quitter et qu'il est temps d’abandonner , avec un peu ou beaucoup de courage.

 

La volonté manifeste prodigue une force extraordinaire, le désir, le besoin, la nécessité de s'extirper de la condition dans laquelle on s'est plongé par défaut de volonté, par habitude, par paresse et elle offre un tremplin vers le changement tant voulu, on revient à cette notion de volonté, vouloir le changement, c'est quasiment le pouvoir. Devenir conscient du besoin de changement qui doit s'opérer en nous annonce les prémices d'une modification de comportement, d'acceptation d'analyse de la vie qu'on mène, des décisions qui doivent être prises pour  remettre la main sur cette vie qui nous file entre les doigts, qui glisse comme du sable sans qu'on n'en retienne un grain, cette terrible sensation que tout nous échappe, que plus rien ne dépend de vous.

 

On assume toujours mieux une vie qu'on s'est construite, qu'une vie qu'on a laissée se répandre comme de la mauvaise herbe et dont on ne contrôle plus rien. Opérer des choix permet de les rectifier.

 

Et que dire de ce souffle qui crée de la musique, le vent qui siffle, l’oiseau qui chante perché sur sa branche. Un instrument joue avec le vent. nous-mêmes émettons des sons plus ou moins beaux, une douce mélodie qui voyage dans l’air. En tendant l’oreille, on constate que la musique est partout, le rivière qui coule et qui émet un bruissement qui souvent nous émerveille. Les orgues magnifiques, le vibrato d’un violon, la parole se pose sur le souffle pour émettre des sons qui devient un langage.

Vous avez remarqué que la colère nous empêche de parler, on s’étouffe de colère, c’est bien cela, l’harmonie de notre souffle est perturbé par un sentiment violent qui rompt l’harmonie. Vous avez certainement déjà contemplé le visage d’un enfant qui dort, paisible, sa respiration est lente, l’air entre et sort  doucement à peine perceptible et qui nous fait dire « dormir heureux comme un enfant ! »

 

Les grands musiciens n’ont-ils pas été inspirés par cette musique divine que le souffle leur a permis de reproduire ? Un piano, un violon, une contrebasse, une flûte, une harpe,  avec quoi font-ils tous de  la musique. De l’air, du vent, du souffle !

 

Les écrits sacrés nous le rappellent si bien, la vie n’est qu’un souffle et le souffle est la vie .  Le souffle divin est associé à cette énergie puissante qui nous relie à quelque chose de supérieur qui nous dépasse, mais cette puissance aussi nous traverse et  nous emporte au-delà, plus loin vers un infini que l’on pressent et chérit.  Portés que nous sommes  par le courant de cette croyance d’une présence immuable et intemporelle ;  un souffle éternel qui nous permet de croire en une présence absolue et immortelle,  et par là être connecté à l’immortalité qui plante en nous les racines de l’éternité. Nous sommes traversés par ce so la uffle éternel en communion avec l’infini, c’est en cela que nous appartenons à cette dimension.

 Grâce à puissance de ce souffle vital que certains nomment souffle divin, nous appartenons, corps et âme, mais l’âme surtout à cette force de vie. Nous sommes l’éternité !

 
 
Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright 
 
 

 

 

LES FRONTIERES

Le chaman comme chaque soir maintenant fit  apparaître au plus profond de mes rêves une pierre luminescente qui se dessine dans les contours noirs de mes nuits au sommeil somnanbulique et  qui me maintient entre deux états de semi-veille . Il semble que je suis à peine éveillée, tandis que ma conscience se concentre sur cette pierre à travers laquelle, le chaman transmet son message et tout me parvient de façon si claire, si compréhensible.

C’est ainsi qu’il s’exprima:

 “Oublie tout ce que tu as lu et ne regrette pas tout ce que tu ne liras pas…… Le trop plein de savoir finit par rendre aveugle. On croit savoir, mais on ne connaît pas. La conscience des choses est plus importante que la connaissance qu’on pourrait en avoir.  Trop de savoir tue la connaissance. L’expérimentation est un savoir qui s’encre au plus profond de nous et qui nous transforme . L’aigle veut bien tout savoir sur l’art  de voler, mais ce qu’il veut c’est voler, c’est sa seule réalité.  Toi ! Tu veux bien lire sur le bonheur, mais ce qui t’intéresse, c’est aussi le ressentir,  sans cela, il n’existe pas,  au-delà,  des mots qui ne seraient que vacuité.

 

Donc la connaissance participe aussi à créer des frontières, elle nous empêche d’aller vers l’expérience profonde qui nous marque et nous transforme. Les frontières sont là partout où on ne les imagine pas, des freins immenses qui empêchent de prendre son envol.

Les frontières géographiques qui réduisent l’espace transforment  les humains en ennemis,  en envahisseurs, les avilissent, les ramènent à l’état de bêtes,  s’il n’y avait plus de frontières, il n’y aurait plus personne pour les envahir, il n’y aurait que des personnes de passage, d’un point à un autre.

Les frontières que l’on s’impose , si moi, je dis que tu es Blanc, donc forcément je suis autre chose que Blanc, si je dis que tu es un être, mon semblable; la frontière disparaît et nous sommes identiques. Si  je dis que tu es une femme, alors cela  signifie que je suis autre chose, revoilà une frontière, je préfère dire que toi et moi, nous sommes humains.

Mais la frontière, c’est aussi la langue, c’est pour cela que nous échangeons au niveau de notre essence qui est universelle et que tu comprends ce que je te dis. Il y a des niveaux d’échanges qui dépassent la langue, intemporels et universels.

Les frontières créent les peurs, créent des différences et dès qu’on a peur, on crée la frontière, le mur qui sépare. L’aigle s’il avait peur du vide aurait le vertige et ne pourrait plus voler, il vole sans se dire qu’il a peur. Il livre sa vie aux courants qui le transportent et il leur fait confiance.

 

Les frontières non seulement tuent, mais elles nous réduisent, elles participent à nous enfermer et nous forcent à nous replier  sur nous-même. L’animal qui a peur se tapit, recule, se cache, montre les dents . Comme les animaux, on fuit et on menace.

 

Penses-y, à chaque fois :  où as-tu mis tes frontières ? Celles de la pensée, on se garde de ne pas écouter les autres de peur d’élargir nos horizons, plus loin encore. On s’enferme dans un dogme totalement imperméable à toute idée nouvelle. On créer des frontières entre les âges, les vieux, les jeunes, entre les formes, les petits, les grands, les gros, les nains, les géants. Les voilà les frontières. On peut continuer, ce qui est beau de ce qui est laid, il faut donc bien tracer un trait pour différencier l’un de l’autre. Ainsi va notre vision du monde, d’un enfermement à un autre.

 

Chaque jour, compte le nombre de frontières que tu t’es imposé et vois comment les faire exploser. Tu seras étonné de ces murs que tu construis chaque jour et qui bouchent  ton horizon.

 

Un dogme, une idéologie sont des frontières bien étranges et ô combien dangereuses. Au quotidien, on les voit s’appliquer à monter des murs infinis entre ceux qui pensent juste et ceux qui pensent faux. Ceux qui croient posséder la vérité sont prêts à l’imposer  à coups de mitraillette, de bombes, de génocide, de censure. Imposer la pensée unique équivaut à créer une cloison infranchissable, une frontière odieuse qui interdit à l’humain de transcender sa condition même.

 

Les religieux ont l’art, comme les politiciens, de monter des murs jusqu’au ciel.

 Les idéologies ont marqué les plus grandes frontières du monde, des frontières invisibles érigées en système rigide et mortifère. Toutes ont montré l’échec d’un système en laissant des millions de morts derrière. Renoncer aux frontières que l’on s’est érigées a  été aussi douloureux  que de les construire.

La pensée est infinie et nous avec, notre évolution ne peut être enfermée au risque de nous étouffer. Sans frontière tout n’est que mouvement. Il est certain que nombreux sont ceux qui préfèrent le cloisonnement, en forme de protection contre les autres, contre l’inconnu. La nécessité d’avoir des repères même faux donnent une impression de sécurité, même si cet enfermement finit par tuer notre conscience et intelligence. Les frontières rendent aveugles !

 

A quoi ressemblerait un monde sans frontières. Un monde sans peur de l’autre, sans crainte d’être envahi. Un monde où chacun pourrait aller et venir librement, sans frontières géographiques ni de langue. Nous ne pourrions l’envisager que si le monde était plus juste, on ne craindrait plus l’étranger qui vient nous envahir parce qu’il fuit un pays en guerre, parce qu’il n’a plus de quoi vivre.

 

Nous avons dû créer des frontières pour se protéger de l’injustice du monde et éviter que des damnés viennent chercher de meilleures conditions de vie ailleurs que dans leur propre pays qui ne leur propose que larmes et misère, injustice et violence. 

Le plus de justice et d’équité, la juste répartition des richesses permettront de renoncer aux frontières et nulle ne sera plus condamné à fuir, mais le départ vers une région du monde plutôt qu'une autre ne sera que le fruit d’un libre-choix.

Aller et venir librement sur cette petite planète qui est la nôtre. Oui, une minuscule planète au regard de l’espace infini. Une planète que l’on a cru bon de morceler, de diviser, de fractionner, la transformer en barricades inexpugnables, des murs pour lutter contre nos propres peurs comme des animaux sauvages, nous restons tapis dans l’ombre à surveiller nos frontières contre tout “agresseur”. Nous réagissons comme si nous vivions à l’époque des premiers hominidés. Nos pays sont des grottes que nous surveillons avec de nouvelles technologies sans doute, mais avec les mêmes peurs nourries par notre cerveau reptilien, qu’autrefois.

 Imaginez un monde où on se ferait confiance, tous identiques, sans distinction de genre, de nationalité ou de religion. Nous ouvririons toute grandes nos frontières que nous abolirions, nous inviterions les autres à découvrir nos régions, à leur offrir l’hospitalité et ils en feraient de même chez eux, et tous ces nouveaux espaces deviendraient des chez nous multiples et pluriels.

Utopie ? Non, une civilisation enfin mûre pour dépasser ses peurs, une civilisation intelligente où l’homme aurait définitivement fait place à l’animal qui dort en nous. Une humanité  qui verrait apparaître un quatrième cerveau, celui d’une intelligence nouvelle et qui expulsera définitivement le cerveau reptilien, nous serions enfin devenus de vrais humains débarrassés de vieux restes de peur atavique.

 

Imaginez ce monde, à l’aube d’une  humanité nouvelle !  Pouvoir l’imaginer démontre que cette possibilités d’un monde meilleur nous est déjà offerte, elle appartient à notre intelligence. Nous sommes sans doute déjà préparés à quelques part, au fond de nous, à vivre dans un monde auquel on aspire profondément. Un monde de liberté et de confiance.

 

Une vision d’un monde possible qui ne sera que l’affaire de quelques siècles, mais pour cela ils nous faudra passer par l’étape incontournable d’une analyse critique de nos choix et de leur véritable fondement. Passer au crible de nos interrogations nos choix de société et de ce qui les motivent.

 

Pour interroger le monde, il est nécessaire d’identifier nos frontières et décider de passer outre. Pour changer l’humanité, il faut continuer à la rêver meilleure et même si on subit les sarcasmes de ceux qui nous traitent d’utopistes, on sait au fond de nous que tous les grands changements sont nés d’utopie et qu’il est nécessaire de continuer à rêver pour se donner les moyens, un jour, de construire une ère nouvelle dans laquelle il fera bon vivre.

 

Portons notre humanité accrochée à notre conscience et redessinons le monde à notre image, celle de l’humain  civilisé. 

 

 

 

“Le Dieu soleil remis à un chasseur, une corde et un arc. Craignant fort les animaux, le chasseur se fabriqua à l’aide de cordes tressées un bouclier ovale, large et plus haut que lui. Il était si peureux, qu’il gardait son bouclier collé contre le visage, il ne voyait plus rien, il marchait comme un aveugle. L’air même ne passait plus tant il avait le nez collé contre cette protection. Ce qui devait arriver arriva, il ne vit pas le gouffre qu’il aurait pu éviter en regardant devant lui, il tomba au fond d’un précipice. On le revit plus jamais.

 

Ou cet autre qui à force de construire des murs de protection de plus en proches,  se retrouva emmuré. Il ne se rendit même plus compte que c’est un cercueil en pierre qu’il se fabriquait et que peu à peu, il étouffait. “

 

Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright

 

LA PEUR

Dans la nuit, un bruit m’effraie, je sursaute, tends l’oreille. « Tout est bruit pour qui a peur »; une voix apaisante m’interpelle, que je reconnais entre mille, celle du sorcier-guérisseur, fidèle au rendez-vous . Il plane dans la chambre une atmosphère redevenue légère et crée comme un apaisement. La peur s’en est allée subrepticement comme elle est venue, d’un coup, volatilisée comme par un coup de baguette magique.

 Le chaman de façon quasi télépathique se glisse dans mes pensées et dialogue ave moi  :

Imagine-toi une vie sans peur ! Imagine ne plus avoir peur de la nuit, de l’inconnu, de l’étranger, de peur de perdre ton travail, que ton compagnon ou compagne te quitte, de ne pas réussir tes examens. Peur d’être envahi, qu’un « sale étranger » te vole ta femme. Tu n’aurais plus peur ni des animaux, ni des hommes.  Tu n’aurais plus peur de ton chef, de ton voisin, de ton père souvent trop violent, ni d’une mère parfois autoritaire. Tu n’aurais plus peur de t’adresser à un inconnu, de dire ce que tu penses et même de l’écrire. Tu n’aurais plus peur d’aller à l’armée alors que tu sais que dans certains pays, on n’en revient jamais et cela on ne te l’a pas dit.

Tu n’aurais plus peur du  qu’en-dira-t-on, de ne pas être à la hauteur.  De ne pas réussir, de ne pas être assez bien, assez beau, assez jeune. Tu n’aurais pas peur de vieillir en observant les ravines profondes se creuser sur ton visage. Tu n’aurais pas peur de voir tes enfants partir, un jour, pour voler de leurs propres ailes. Tu n’aurais pas peur d’être abandonnée, ni délaissé. Tu ne craindrais pas la maladie au point de t’en rendre malade avant même qu’elle n’arrive.

Tu n’aurais pas peur du manque d’argent, ni de trop en avoir. Tu n’aurais pas peur de vivre chez toi en te barricadant et en mettant des fils barbelés tout autour du jardin, il ne manque plus que les miradors pour la confondre avec un prison, ce que tu appelles,  ma belle maison. Tu n’aurais pas peur d’appeler les gens que tu  aimes et tu le leur dirais avec des mots simples : »Je t’appelle, parce que j’avais envie de te dire combien je t’aime ou combien j’apprécie notre amitié ! ». Tu  n’aurais pas peur de dire à l’homme qui te menace physiquement tous les jours sous les yeux de  tes enfants, que tu n’accepteras pas un jour de plus cela, Tu n’aurais plus peur de dire à la femme qui t’insulte tous les jours que tu refuses ce type de rapport.

Est-ce qu’on a peur par manque de courage ? Par défaut de conviction. Par manque de repères. Par manque de vision.  On a peur par manque de confiance en soi, cela est presque sûr. On est mal positionné dans la vie, au point de finir par croire qu’on ne la mérite pas cette vie, Ni joyeuse, ni pleine et encore moins heureuse. On s’est persuadé sans s’en rendre compte, qu’on est pas bon, qu’on mérite finalement les coups, les insultes, le fait d’être congédié, être insulté, malmené par le premier venu. Et plus cette peur nous envahit, et plus elle transforme le monde dans lequel on vit et évolue, elle le déforme au point qu’elle renvoie une image négative et de son environnement et de celui qui l’observe. On finit par trouver le monde laid et soi-même avec.

On  se rétrécit en peau de chagrin dans une enveloppe étroite, au lieu de se positionner pleinement face à la vie, avec cette assurance magnifique qui vous la fait inspirer à plein poumons, en toute confiance, la vie. Toujours sur le qui-vive, l’effroi nous saisit  et ne nous lâche plus, cet animal étrange toujours prêt à prendre possession de nous et qui nous fragilise.

La peur est souvent due à l’ignorance. Craindre ce que l’on ne connaît pas. La peur est une réaction émotive qui envoie une information grossière et en vrac au Thalamus qui relaie à l’amygdale, centre des émotions liées à la peur et l’angoisse, L’amygdale va vérifier la situation auprès de l’hypotalamus pour orchestrer les réactions corporelles et hormonales. Le Thalamus renvoie un deuxième  message au cortex  qui analysera la situation et renverra à l’amygdale un message le bien-fondé de telle émotion ou pas.  Si le cortex a repéré un danger et ou non,  après analyse, il envoie un message à l’hippocampe, centre de notre mémoire qui se met, à son tour, en branle, centre de notre mémoire, et  se souvient de quelque chose qui nous rappelle un danger, ou alors un bon souvenir .  Le cortex pré-frontal est prévenu par l’amygdale ou le noyau accumbens et l’hippocampe qui se sont mis d’accord quant à l’information envoyée et le cortex pré-frontal à dès lors pour mission de déclencher la réaction émotionnelle à avoir : joyeux, en colère, peur.

Donc, plus nous avons d’information, plus nous serons à même de permettre à l’hippocampe de se souvenir et d’interpréter l’émotion qui nous submerge.  La peur  est une réaction biochimique t que la raison peut totalement modifier, il suffit de lancer les bons signaux pour lesquels nous avons à notre tour besoin de connaissance. L’enfant, la nuit,  tremble devant l’ombre grandissante d’une forme étrange qui se profile sur le mur de sa chambre, il hurle, la mère arrive et lui montre que cette ombre n’est que le reflet de son ours appuyé contre le rebord de la lumière et éclairé par la lune. L’enfant ne craindra plus l’ombre, il lui a donné un nom, c’est sa peluche Toto.

Nos peurs à nous sont,  de façon plus subtile, sur le même schéma issues de l’ignorance et de la non compréhension d’un phénomène, une non-conscience face à une  quelque chose qui nous échappe entièrement et qui ne nous donnent pas les clés de l’interprétation.

Il est important aussi de comprendre que non seulement nous avons nos propres peurs, mais nous avons aussi hérité des peurs ataviques transmises par nos ancêtres et qui ne sont plus justifiées dans notre environnement moderne. Comme la peur de l’araignée qui prédispose à de véritables phobies. Une analyse de la situation doit permettre d’apporter de nouvelles informations au cerveau qui réinterprètent ces flux ancestraux à la lumière des connaissances, comprendre c’est en partie soigner .

Imagine-toi une vie sans peur ? Nous n’aurions plus peur les uns des autres parce qu’on les connaîtrait et on les comprendrait.  Nous abolirions assurément les frontières, les passeports, les nationalités. Pour ne plus  être obligé de s’identifier et savoir si nous sommes amis ou ennemis. Qui doit  voyager sans visa ou  avec. Qui doit rester chez lui ou venir. La peur permet une différenciation entre ceux que l’on craint et ceux qui ne nous font pas peur. Les frontières ont cette fonction première, faire un tri, parce que ces institutions sont l’expression d’une peur, celle de l’invasion !

Mais si nous étions tous égaux et qu’une certaine justice sociale existait sur cette planète on ne devrait plus craindre, des mouvements de personnes pour raison économique, les personnes pourraient choisir d’aller ici ou là pour des questions de loisir, de climat ou autre.  Nous avons peur de l’autre, parce que nous connaissons les raisons profondes de cette peur, nous savons précisément que l’injustice règne, que des gens meurent de faim, sont tués, violés, massacrés, que nous fermons les  yeux et  nos frontières. Nous avons peur parce que nous savons, au plus profon de nos consciences, que nous avons laissé l’inégalité se répandre dans une grande partie du monde et que l’on persiste à croire que ce qui se passe ailleurs ne nous concerne pas. 

 On s’en convainc  suffisamment pour boucler hermétiquement  nos espaces et  se barricader à l’intérieur, à double tour, et  laisser passer au compte-gouttes,  ceux que l’on juge soit bons, soit mauvais.  

Lorsqu’on se sera suffisamment investis dans une plus grande justice pour tous sur cette planète, notre peur diminuera proportionnellement à l’équité grandissante. L’absence de peur, conduirait assurément à la fin de la guerre, de toutes les guerres.

 La peur comme l’écrivait Jules Renard est une « brume de sensations ». La réalité nous échappe, elle est déformée par cette sensation d’angoisse qui empêche même de comprendre et d’interpréter ce que l’on voit.

On hait ce qui nous fait peur et comme nous le montre tant d’exemples, au lieu de tenter de comprendre on en reste à la peur et à son corollaire, la haine et qui  se résumerait par : »Je déteste ce qui me fait peur . »

La peur bloque la compréhension intelligente de la vie, elle nous brouille la vue , nous fait voir des ombres et l’objet le plus petit, si  infime qui soit projette des ombres immenses surdimensionnées par une imagination fertile. Les terreurs fantastiques d’autrefois qui se nourrissent au  terreau fertile de l’ignorance. On craint ce que l’on ignore, comprendre c’est éclairer une zone d’ombre qui nous terrorise et du coup nous paralyse et parfois nous pousse même jusqu’à devenir mesquin et parfois même dangereux.  Elle affaiblit le jugement. Non seulement, elle est mauvaise conseillère, le peureux s’en remet aux avis de tous par peur de trancher, après avoir hésité, tergiversé, avancer, reculer, finalement il plonge sans aucune assurance en se préparant à accuser les personnes les plus proches pour le cas où la décision s’avérerait être mauvaise. Eh oui ! Le peureux est souvent lâche.

C’est bien la peur qui est à l’origine des dogmes et des religions, vous enleveriez la peur de la mort, les doctrines religieuses fondraient comme neige au soleil. Et les assurances feraient faillite. On s’assure contre la maladie, les orages, les tempêtes, on assure la voiture, le chien, on s’assure contre la mort en espérant avoir encore une espèce d’influence sur la vie post-mortem et si comme si en s’assurant tant et plus, nous nous protégions d’un départ final. Cette peur fait la joie des assureurs qui surfent à merveille là-dessus et attisent la frayeur pour en tirer un avantage pécuniaire. On peut payer des sommes astronomiques, on finira par mourir assuré ou non.  Mais ceci donne une illusion de se protéger contre la mort que l’on redoute tant.

 

A quoi ressemblerait une vie tissée sur la confiance, sur la compréhension des choses, qui se déroulerait de façon harmonieuse ? Une vie sans peur et sans lâcheté, notre binôme inséparable.

La fin de la peur n’est toujours le courage qui fait fuir la peur, mais le savoir et les connaissances.  Connaître pour mieux appréhender une situation qui s’impose à nous et que l’on a les moyens d’ interpréter à l’aune de nos connaissances et de notre savoir.

 L’ignorant aurait-il plus peur que l’être empli de savoir ? Assurément ! Les politiciens le savent et ils jouent parfaitement là-dessus. Les religieux aussi. On vend de la peur pour récolter des voix et plus l’ignorance est profonde plus les dogmes prennent place au cœur de ces déserts d’abrutissement. L’ignorant est forcément craintif parce qu’il n’a pas les outils de la compréhension, il ne lui reste plus que la peur au ventre, une peur blanche qui fait qu’il s’accrochera comme à une boue à la première manipulation qui ne fera en réalité qu’utiliser et accroître sa peur. L’Histoire nous a donnés des exemples éclatants de ces manipulations de la peur  et des conséquences désastreuses qui n’ont fait que rajouter de la peur à la peur .

 Ce qui est valable pour l’individu est valable pour les peuples. Apprendre, comprendre pour mieux appréhender des situations qui sans cela nous échappent totalement et qui nous font réagir de façon impulsive, c’est-à-dire animale, voire primitive et l’homme primitif est celui qui tremble de peur et qui sort ses flèches et tuent à tout-va.

Il est temps de changer de civilisation et de quitter l’ensemble de nos peurs archaïques qui alimentent et font perdurer la peur  primitive en nous et nous condamnent à rester indéfiniment fossilisés.

Il est nécessaire de passer à  une civilisation où les humains se reconnaissent comme tous semblables et où chacun a les moyens de soigner ses peurs et de se donner les moyens de se transformer de lâche en héros, passer de la peur à la bravoure, de l’anxiété au courage , du vertige à l’espérance.

 

Sur le mur de notre connaissance et de notre confiance,  nous  cisèlerons  les horizons sereins  de notre futur.

 

Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright 

 

 

 

De lumière et de cristal

Un halo de lumière tamise la nuit noire dans laquelle je suis plongée. Un objet scintille, irradiant de ses mille prismes. Une forme incertaine qui se transforme de façon plus précise pour ressembler  à un crâne en cristal.

Le vois-tu ce mystère étrange ? Une tête transparente, parfaite, qui interpelle profondément celui qui le regarde.

La voix du chaman paraît lointaine, mais mon regard est subjugué par cette apparition. Regarde-le et essaie de te souvenir………….

Un sentiment indicible, des pensées fugitives. Et si nous étions poussières d’étoiles faits de ce cristal pur et transparent, issu de la matière la plus rare, la plus délicate ?

Des eaux cristallines s’écoulent doucement tandis que j’observe et entends le bruissement de l’eau si claire que le fond du ruisseau semble tapissé de diamants. Une impression de plénitude m’enveloppe. Puis des pierres sculpturales au milieu de la pièce émergent, elles brillent, translucides, elles paraissent dégager une lueur née de leur propre cristal ; l’essence de leur  transparence est la lumière.

Quel lien entre ces  apparitions et notre réalité humaine ? Pensai-je . Une réponse fulgurante, nous sommes ces lieux de transparence et de lumière, à l’image de ce qui défile. A l’intérieur de nous, dans un creuset oublié, submergé par le bruit, les choses éphémères, les illusions,  brille notre essence, lumineuse et translucide. Nous aspirons dans notre quête la plus profonde à ressembler à ce qui nous constitue, revenir à notre état de pureté immaculée. Empreints  de cette nostalgie lorsque nous étions poussière d’étoile, nous admirons le ciel avec cette  mélancolie étrange qui force à s’interroger et , une fois encore, se poser l’éternelle question de savoir qui nous sommes et d’où nous venons. Un souvenir immémorial, une quête de l’homme qui ressent inconsciemment qu’entre nous et notre univers, un fil est tendu, nous partageons une destinée commune.

 

A travers les prismes cristallins, à travers tout ce qui éclaire, illumine et brille, nous nous retrouvons enfin. Un vieux souvenir de quand l’univers et nous ne faisions qu’un. A travers l’éclat transparent, nous pressentons notre propre transparence et notre propre luminosité qui fait écho à ce que l’on observe. Et c’est pour cela que la quête a quelque chose de connu, de naturel, que nous tous aspirons à recréer les conditions de notre essence première ; à la sentir vibrer à l’intérieur et qui nous permet de communiquer avec l’essence de toute chose. Revenir à notre source première nous ouvre les horizons infinis de la nature de toute chose que l’on reconnaît et à travers laquelle, on se reconnaît !

 

Cette quête au cœur de l’existence humaine, nous a plus d’une fois entraînés dans des dérives qui nous ont plutôt égarés. Tantôt, la religion nous a promis le Paradis tantôt les philosophes , la sagesse. D’autres se noient dans des illusions, dans les vapeurs de l’opium,  se dessinent des ombres fantastiques, se créent des mondes que l’on pressent, une vérité qu’il fallait chercher au fond de soi pour signer une alliance éternelle avec son propre univers et au lieu de cela, nous confrontons nos propres limites érigées en mur d’illusions contre lequel nous nous heurtons sans cesse. 

 

Une vie entourée de murailles construites par nos propres  entêtements, par nos chimères qui nous rendent aveugles, qui nous isolent toujours davantage et nos éloignent d’un moi unidimensionnel, pourtant si proche, notre dimension infinie.  D’un univers à portée de mains, pourquoi aller chercher ailleurs, ce qui règne en maître au fond de nous ne cesse de nous appeler,de nous inviter à se recueillir, jolie formule à double sens, cueillir dans ce champ de notre existence, les plus belles fleurs faites d’espoir, d’harmonie, de joie profonde, un bonheur derrière lequel on court aveuglément, se recueillir,  c’est-à-dire revenir sur soi, à l’intérieur, en profondeur. Là où tout est, entier et indestructible ; notre essence immanente.

 

Assurément l’art, la philosophie, la religion tentent d’ouvrir une porte sur cette conscience enfouie d’un monde meilleur que l’on habite et qui nous habite. L’art, cisèle, tatônne dans la nuit de notre quête désespérée cet univers qui nous abrite et qui nous appartient et auquel on appartient et qui offre souvent des fulgurances, des portes ouvertes sur ce mystère de nos univers enfouis. Les poètes, les écrivains, les peintres perçoivent de façon sensible notre dimension cachée d’où rayonne une lumière bienfaisante et qui nous indique les premières pistes d’un monde retrouvé. Avez-vous vu ces jardins d’Eden, ces ciels de Titien où les personnages sont comme frappés par un miracle, un appel venu qui sait d’où ? Ces portraits saisissants de femmes et d’hommes interpellés par une force divine, touchés par une espèce de grâce. Une communion soudaine, un message céleste ? Un message envoyé du tréfonds de nos âmes où nous nous sommes enfin reconquis avec cette impression magnifique d’être un « élu ».  Quand l’âme touche enfin  à notre dimension la plus absolue, il se passe effectivement un miracle, celui de la paix enfin retrouvée.  Sur ces visages radieux, un ange est passé, un passage marqué par la parfaite fusion entre l’humain et sa propre transcendance qui lui donne enfin des ailes, aussi légères que celles d’un papillon. Des visages lumineux, cette grâce est bien représentée par un halo de lumière à travers laquelle tout devient limpide.

Et les poètes l’expriment sans détour, cette pré-science de ce qui nous attend, cette intelligence sensible qui leur permet de palper cette présence constante d’un monde enfoui et dans lequel, ils se sentent exilés. Un Baudelaire qui souffre de sa conditions de poète, incompris, incapable de donner une forme tangible à ce qu’il ressent au plus profond de son être : »Le poète est semblable au prince des nuées, qui hante la tempête et se rit de l’archer ; exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l’empêchent de marcher. « . Le poète se sent isolé, les ailes géantes de l’Albatros sont les prémisses d’une nouvelle compréhension de ce qui nous transcende. La souffrance de se sentir raillé, lui qui se sent porteur d’une lumière entrevue dans les abysses de son intériorité argentine. Il voudrait clamer au monde entier le message universel révélé, murmuré, entre deux présages, par l’omniprésence d’une essence étincelante, le substrat de notre condition humaine.

 

Les mystiques attestent à travers leur vision, d’une rencontre, d’un sentiment de fusion avec une énergie puissante. Avec d’autres mots, d’autres croyances, ils révèlent cette lumière porteuse d’espoir que d’aucuns ont appelé Dieu. Présence de cette force intérieure que d’autres ont interprété avec d’autres signes, si semblables dans le fond. Tous s’accordent à décrire, à pressentir une force universelle comprise et déchiffrée par les variantes les plus diverses, mais toutes ces expériences sont unamimes et nous sont rapportées fidèlement en nous transposant dans un espace qui nous touche, nous ébranle, nous transporte, fait écho en nous, réveille quelque chose de profond, une réminiscence d’un monde oublié assoupi au fond de nos consciences et qui n’aspirent qu’à retrouver les chemins de notre propre perfection, intangible.

 

Le langage de ces êtres de lumière n’a eu cesse d’émouvoir les gens, au fil des siècles. Des messages ramenés à la surface qui ont traversé des millénaires ; comprise par quasi tous les êtres, intemporels, universels, permanents. Des messages qui constituent l’essence même de notre humanité et qui ne cessent malgré  d’autres langues, d’autres mots, d’autres civilisations de dire la même chose. De la transparence et de la lumière nous sommes constitués, l’origine même de nos existences est fabriquée de ce matériau indestructible. De la création de l’homme jusqu’à nos civilisations modernes, nous sommes toujours et encore issus de ce moule de perfection. C’est en cela que réside la force perpétuelle de ces messages qui nous sont révélés par ces  être à « l’intelligence sensible » et qui se sont contentés d’écouter et sentir, dans un silence absolu, les chants sacrés, redécouvrir les paysages éternels de nos paradis oubliés. Ceux que l’on porte en nous depuis la nuit des temps, assurément depuis que l’homme est homme.

 

Voilà pourquoi nous voulons faire « toute la lumière » sur ces vies qui sont les nôtres. Découvrir à travers nos propres transparences l’essence de ce qui nous constitue. Y parvenir, c’est gage de bonheur, une façon d’accéder à une vie harmonieuse où on est en paix avec soi-même. C’est-à-dire se mettre sur le même diapason que nos énergies profondes, ne pas aller contre, mais avec.

 

Sans doute, cette nécessité vitale de revenir à nos sources fondamentales nous pousse à se défaire de tout ce qui nous empêche de voir, de sentir, de penser, de vibrer, nous devenons alors toujours plus purs  et plus lumineux, débarrassés enfin de nos chimères.

 

L’existence de ce crâne de cristal dont on ignore l’origine a répandu des légendes insensées, des rumeurs sans fin. Nous restons admiratifs devant ce chef-d’œuvre, entièrement ciselé de la façon la plus parfaite qui soit ;  nous tentons désespérement de lui attribuer un sens, de donner une réponse au mystère.  Mais derrière notre émerveillement, peu importe de savoir à quelle civilisation ancienne attribuer cette œuvre, nous savons que la transparence est source de lumière et qu’elle annonce un être nouveau, celui où enfin nous quitterons l’ère de barbarie dans laquelle nous nous complaisons pour entrer dans une dimension nouvelle avec une intelligence éprouvée. 

 

Nous pressentons à travers notre admiration pour cette tête de cristal, notre entrée dans une période annonciatrice d’une civilisation qui laissera derrière elle, les marques de notre ignorance, source de ténèbres. Nous passons à l’ère de la transparence et du cristal, un cycle de lumière.

 

Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE SILENCE

La sagesse consiste à laisser régner en souverain le silence. Dans mon rêve cette phrase incantatoire résonne d’une puissance énigmatique. Une force si entière et si pleine que le seul fait de concevoir accepter le silence comme maître absolu, vous charge aussitôt d’une aura extraordinaire.

 Le silence est bien là, une douce présence aussi mélodieuse que la musique qui m’enveloppe jusqu’à l’âme. Le silence est bien une musique qui au lieu d’encadrer les notes, encadre les mots et les replace dans leur contexte, de façon précise, juste et vraie. Il leur offre une signification nouvelle, une dimension plus grande, les soumet à une analyse plus fine, des mots après le silence sont rarement du bruit.  Une gracieuse mélodie à laquelle on renonce, parce que le silence nous confronte à notre réalité intérieure, à laquelle on préfère échapper, par lâcheté, par manque de courage. 

Je me souviens du récit de  cette femme qui lors d’un voyage accompagné dans le désert est sortie de la voiture.  Le souffle coupé, elle a balayé le paysage infini empli de silence, le regard effrayé,  elle s’est sentie si mal qu’elle a dû interrompre son voyage et être rapatriée aussitôt vers la ville la plus proche où le bruit, l’agitation, l’effervescence la rassurèrent   aussitôt et qui préférait l’incessante fébrilité au calme qui vous livre à vous-mêmes.

 

Ce même silence éternel des espaces infinis qui effrayait tant  Blaise Pascal impose aux gens qui le croisent une immédiateté du sens, une nécessité de se positionner face au néant ; il pose dans sa fulgurance nos limites, nos échecs, notre conscience plus ou moins aiguisée. Un moment où ce miroir nous impose l’image de qui nous sommes et vers quoi nous tendons. Une représentation de soi que l’on n’est sans doute jamais tout à fait prêt à assumer et qui demande une longue préparation, une volonté réelle de se confronter, c’est-à-dire faire face à soi-même.

 

Une rencontre souvent douloureuse durant laquelle, peu à peu, il faut se débarrasser de ses  masques, de ses  mensonges, de ses  constructions friables, de ses chimères. Le silence ne supporte que la vérité et n’accepte qu’une réalité de soi, pleine et entière, un face-à-face angoissant pour lequel nous devons apporter des réponses, affronter nos contradictions.  

Accepter de ne plus s’isoler de sa réalité intérieure et continuer à faire croire que moi dedans et l’autre dehors sont deux personnes distinctes qui n’ont rien à voir, l’une avec l’autre. Une dichotomie insupportable qui empêche de créer un lien harmonieux entre le qui je suis véritablement et ce que je montre ; une schizophrénie qui peut perdurer des années, voire une existence tout entière et qui bien souvent s’achève sur un mal-être existentiel qui nous rappelle que « je » n’est pas un autre, mais « je » , c’est moi dans toute ma grandeur et dans toute ma faiblesse.

Cette rencontre avec soi peut-être différée par un bruit constant, une agitation fébrile, une vie hyperactive si proche de l’hystérie, un charivari de tous les jours qui nous fait tanguer en un balancement épuisant.  Eriger le bruit en mur contre la rencontre avec soi-même est une façon de vivre, mais ô combien insatisfaisante.

Non seulement les individus, mais les sociétés entières peuvent être amenées à ériger du bruit pour éviter l’essentiel. Les campagnes médiatiques savent si bien le faire, faire du bruit autour d’ un événement pour en dissimuler un autre. Empêcher des peuples entiers de penser pour leur faire oublier la misère dans laquelle on les maintient. La solution, faire du bruit, déverser de la cacophonie qui nous empêche même de communiquer entre nous,  leur offrir des séries bruyantes où on y parle fort, où on y crie, où on y gesticule, on y met plein la vue. Le seul but , aveugler et rendre sourd.  Pendant ce temps, le peuple pris au piège du bruit passe à côté de ce qui le touche et le concerne profondément, la vue obstruée, égaré par ce bruit, il ne songera même pas à se révolter. Un peuple bruyant et à qui on offre du bruit vit souvent dans des conditions de précarité . Réduire le raffut, baisser le volume pourrait bien faire tomber des gouvernements.

 

Dans ces mêmes sociétés où le livre, peu à peu disparaît au profit de toutes ces machines à faire du bruit, à hurler des sons et qui ont pour mission d’empêcher de penser. Tous ces réseaux sociaux surchargés de publicité qui clignotent, s’imposent à vous tandis que vous lisez, qui envahissent vos emails, autant de bruit qui fait fuir le silence.  Et lire, souvent équivaut à réfléchir sur le sens des choses, c’est en cela que réside la force des livres, ils propagent le silence qui aide à penser et que dans la solitude du silence, on finit par découvrir l’essentiel.

 

Et pourtant, cette richesse est à portée de chacun de nous. Nous pouvons tous inviter ce souverain digne et qui nous enrichira véritablement à la table de notre vie. Il ne demande rien, il offre sans compter, à votre tour, il veut vous faire roi et vous laissez régner sur votre propre existence. Avoir le meilleur ami du monde, constamment présent, à vos côtés contre vents et marées, Confucius le nommait, le meilleur ami du monde , celui qui ne trahit jamais. Le silence est votre ami le plus intime, le plus fiable, le constamment présent, il suffit de faire appel à lui lorsque vous en ressentez le besoin. Il est là, il vous suit, pas à pas. Il suffit de l’appeler et de lui offrir les justes conditions pour l'inviter à se manifester. Il a juste besoin qu’on ralentisse, qu’on s’isole momentanément ou durablement,  qu’on écarte tout ce qui s’agite de façon frénétique, tout ce qui met de la poudre aux yeux, tout ce qui nous absorbe dans un tapage cacophonique. Lui préparer son arrivée dans les meilleures conditions, comme un invité de marque qui vous apportera tout ce dont vous avez besoin. Les conditions de son accueil réalisées, votre souverain dans toute sa splendeur arrive sans bruit, à pas feutrés ; vous sentez alors un moment de grâce qui vous emplit d’une joie immense ; d’un coup de baguette magique, votre roi vous a comblé de mille bonheurs.  Là où vous vous croyiez pauvre, vous voilà riche de vous-même, investi d’un sens nouveau. Là où vous pensiez être seul et abandonné, vous voilà en belle compagnie. Là où vous manquiez de visibilité sur le sens des choses, il vous apparaît évident, d'une limpidité saisissante. Le sens ressurgit, celui qui n’avait jamais tout à fait disparu mais qui demandait juste à ce qu’on revienne à son bon souvenir ; perdu qu’il était dans la masse de votre tohu-bohu.  La conscience invitée par le silence, vient elle aussi s’asseoir à la table de votre existence, une convive si douce, qui éclaire timidement les zones d’ombre noyées dans le bruit et la fureur. Elle est porteuse de paix et d’harmonie, elle veut juste s’assurer que vous ayez une vision juste de qui vous êtes et de ce que vous faites de votre vie.

 

La conscience est l’invitée la plus sûre du monde ; toutefois, elle n’arrive chez vous, dans la maison de votre vie que si vous avez toutefois honoré de sa présence, d’abord, un autre invité incontournable :  le silence. Elle nous invite à la prise de conscience de soi, à l’attention  au monde, aux choix que nous opérons en toute connaissance . Agir en pleine compréhension de ce qui nous anime, elle permet de juger si ce que nous faisons est juste ou pas.  Pour Descartes, elle est bien une entité qui permet la transparence de soi. Et qui dit transparence dit vérité, et qui dit vérité induit la sagesse.  Cette invitée au banquet de notre vie, derrière ses douces manières marque son passage par une présence très forte, elle rayonne puissamment et délivre, à l’analyse de ce que nous acceptons de voir,  un jugement parfait de comment nous pensons, pourquoi et comment nous agissons à la lumière d’un jugement clair, nous pourrons évaluer la valeur de toute action, de toute pensée.  A la lumière d’une raison éprouvée, la conscience ne propose pas moins d’inviter au banquet de votre vie, la sagesse, c’est-à-dire les prémices d’un bonheur absolu. Et ce retour au silence, ce retour à la conscience, ce retour sur soi permet comme Descartes l’a si bien affirmé « Je pense, donc je suis « . Le cogito, ergo sum qui est le fondement même d’une existence vécue et pensée.

 

Et c’est dans ce sens que le Talmud annonce que le silence est le remède à tous maux. Se retrouver face à nos invités, le silence et la conscience, nous autorise à trouver la solution pour chaque situation douloureuse. Ceci est indubitable.  Se donner les moyens d’être avec soi, c’est s’offrir une chance magnifique de donner des réponses justes et vraies à nos maux et du coup, les soulager. Se penser, c’est s’aimer .

 

A force de gesticuler, de tout recouvrir par l’agitation et le bruit, notre mode de vie  nous éloigne de façon indéniable de qui nous sommes, et ne peut,  en aucun cas, nous inciter à  être en harmonie avec soi-même , un façon d’évoluer dans la vie qui devient assurément source de malaise. Le mal-être s’appréhende par la nécessité d’un arrêt sur soi, on pourrait dire par un arrêt sur image où tout n’est que mouvement, pour observer les racines du mal. Ce ralentissement sur soi est déjà annonciateur d’une prise de conscience qui relayera les manques, les vides, les tricheries dans sa vie et proposera d’y remédier.  L’agitation, la perpétuelle effervescence d’une existence, où il faut sans cesse s’activer, s’assurer de s’éloigner un maximum de soi, d’évoluer dans mille et une activités plus frénétiques les unes que les autres équivaut à du bruit, cette constante « intranquillité » témoigne d’une volonté consciente ou inconsciente de se fuir, une forme de fuite en avant qui nous plonge dans un malaise réel. Dans une vie qui perd de son sens, et ne plus pouvoir ou vouloir donner du sens à sa vie la rend incroyablement pesante et difficile. Et s’efforcer à oublier le sens perdu revient à courir de plus en plus vite vers un abîme toujours plus profond.

 

Le sens rend tout ce qu’on entreprend léger, le sens donne des ailes à tout ce que l’on réalise. Le sens sont les ailes de l’ange dans notre existence. Et il n’y a pas de sens sans conscience et pas de conscience sans silence. Au banquet de notre vie, les invités se font nombreux, il est difficile d’inviter l’un sans l’autre sans risquer de gâcher le grand moment de notre vie. Adopter le silence, c’est retrouver le destin de son existence ; le fil tracé, si admirablement gravé, si magnifiquement ciselé de façon si parfaite, et que l’on a perdu dans les méandres de notre bruit, dans les illusions de notre propre effervescence.  L’individu qui se retrouve et s’accepte débarrassé de toutes ses tromperies, de toutes ses ornières posées au fur et à mesure des années, retrouve la voie royale de son destin qu’il se réapproprie, enfin ! Le silence est un peu du ciel qu’on retrouve en soi. Un ciel infini, généreux où il fait bon vivre, en paix avec soi-même et les autres.  On récolte finalement après un long travail sur soi, les fruits de la paix, cueilli sur l’arbre du silence. Cet arbre abondant qui offre sans compter tout ce qu’il porte, à profusion et qui nous nourrit abondamment, nous enrichit pleinement et nous rappelle que nous sommes des porteurs de paradis, ni ailleurs, ni après, nous sommes une parcelle de ce paradis qu’il nous faut  se réapproprier.

Le silence est sans doute cet espace magique, ce paradis oublié  qui rend aux humains leurs ailes d’anges célestes.

 

Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright
 

 

 

 

 

 

 

Tricoter dans le ciel

Le regard plein d’espoir se tourne vers le ciel chargé de promesses. A l’aube de nos attentes on dessine ses rêves sur le tableau de notre vie, large et infini. Le principal consiste à avoir des rêves, ses désirs fous qui se réalisent contre toute attente. Les anges seraient-ils parmi nous, ou évoluons nous parmi eux, si proches que nous sentons leurs ailes nous effleurer tandis que l’irréalisable finit par se réaliser ?  Notre dimension onirique est  reléguée aux oubliettes au profit d’un monde matérialiste qui prend une place immense et s’impose sauvagement  et nous bouche tout horizon ;  ce monde parallèle où tout frémit, où tout n’est que perception, ressenti, en parfaite  communion avec l’insaisissable qui toutefois influence considérablement nos chemins de vie.  Un univers onirique où l’invisible laisse transparaître des énergies dont on use très peu et qu’on  répudie par crainte de tout ce qui ne se voit pas et ne se matérialise pas. 

 

Les écrits spirituels sont pleins de ces rencontres qui poussent à prendre plutôt un sens qu’un autre, telle  décision  plutôt  qu’une autre, on ne sait pas pourquoi, mais une petite voix semblait nous souffler un message à peine perceptible mais qu’on a su entrendre et suivre. Et le temps nous révèle qu’on a bien fait. Lorsqu’on quémande le regard levé au ciel, un signe déterminant qui se manifeste et qui nous sauve d’un péril. Autant de moments « magiques »  où nous tricotons dans le ciel nos espoirs les plus fous et que le ciel paraît entendre.  Le frolement d’ailes des anges nous pousse irrésistiblement vers une direction, il suffit de ressentir et d’écouter et suivre ses pressentiments  qui ont leur vie propre. Un monde parallèle avec lequel il est nécessaire de composer pour notre plus grand bien. Certains parlent de fées, de présences positives, d’inspirations soudaines, de clairvoyances foudroyantes qui appartiennent aux génies et aux fous et auxquelles nous avons renoncé plongés que nous sommes dans un cartésianisme qui s’est érigé en seul mode de pensée. Les plus grands chercheurs ont écouté cette voix intérieure qui leur insuffle une réponse saisissante et leur ouvre les voies d’une compréhension nouvelle dont bénéficie après coup le monde.

 

 

La force est bien dans nos rêves, faudrait-il encore en avoir. Ceux que l’on projette si fort qu’ils semblent déjà exister, si près qu’on les toucherait du doigt. Un ange serait-il assis à la table de notre destin ? Une présence douce à laquelle il ne faudrait jamais renoncer.  Il y a de ces être qui espèrent si fort, si intensément qu’ils ne doutent jamais de la réalisation de leur projet et à notre étonnement combien de fois ne se concrètisent-ils pas, alors que nous mêmes nous souriions incrédules face à leurs expectatives. Les plus optimistes des humains ont bien des idées qui les nourrissent inlassablement, des visionnaires qui les yeux grand ouverts construisent des mondes nouveaux et ignorent les haussements d’épaules des plus désabusés d’entre nous.

 

Ce ne sont pas les miracles qui ne se réalisent plus, ce sont nos rêves qui manquent de force. La foi soulève des montagnes, cette croyance absolue en quelque chose qui prend corps. On a ce pouvoir fantastique d’imaginer, d’attendre, d’espérer, cet élan considérable qui nous pousse en avant, nous fait prendre des décisions, nous gratifie d’une énergie incommensurable et sans douter un seul instant, l’objet de notre espérance s’accomplit de façon si parfaite. Tandis que les désespérés ne rêvent plus, ils s’avouent vaincus avant d’avoir même essayé, ils s‘empêchent  toute initiative joyeuse, car ils renoncent avant d’avoir tenté. Et naturellement, ce qu’ils entreprennent s’essouffle si vite, s’étiole avant même d’avoir pris naissance. Désabusés, ils vivotent à l’ombre de leur existence, détruisent toute idée folle que pourrait avoir quelqu’un d’autre, ils démontrent par toutes les façons que ce projet ne tient pas la route, que c’est difficile, une pure folie de prendre autant de risques. Tout est à l’image de leur manque d’espoir, ils sont les destructeurs systématiques de toute initiative et se confortent dans ce qu’ils sont sans pour autant s’en réjouir.  Ils se sont fait un petit trou à peine confortable sans prendre le risque d’en sortir pour tenter une aventure dont l’issue leur semble fatale.

 

Alors que des anges sont là, à nous attendre, nous et nos projets, ils sont nos énergies invisibles qui ne demandent qu’à nous aider dans ce qui nous est le plus cher. Il suffirait de leur tendre la main, et ils ne la refusent jamais, ils la saisissent et vous dirigent emportés par vos propres ailes vers ce à quoi  vous aspirez.  Pour cela, il suffit d’un enthousiasme confiant, et offrir  à ses rêves  les champs illimités de nos espoirs.

 

Sans doute, l’absence de rêves limite notre champ de vision ; cantonne nos réalisations dans un espace restreint et confiné où tout s’obtient difficilement et pour autant qu’on y parvienne. Les doux rêveurs, souvent la risée d’un plus grand nombre, se construisent des utopies qui finissent par prendre forme au grand dam de ceux qui ne rêvent plus et réalisent si peu, ou au prix d’un immense effort, noyé dans un bain constant de pessimisme ou tout projet est déjà mort et enterré avant d’avoir pris naissance.  Tandis que celui qui écoute ses intuitions, avance en toute confiance comme si l’optimisme créait des voies lumineuses qu’il suffirait de suivre en toute quiétude et qui nous guident résolument vers un but rêvé.

 

C’est par manque d’imagination que l’on bride au détriment d’une réalité contiguë, nos propres forces qui nous poussent, puissantes et singulières, vers la concrétisation de nos expectatives les plus extraordinaires. L’imagination libérée s’autorise à recréer des mondes où nous serions des êtres en devenir, libres et amoureux de la vie si pleine et si bonne avec nous.

 

 

Tricoter dans le ciel revient à frayer avec nos entités multiples, à tous les étages de nos existences complexes, s’abreuver aux sources profondes de nos capacités innombrables et ne pas douter un seul instant qu’on y parviendra. C’est en entrant en communion avec nos univers infinis que nous élargissons le champs des possibles et comme par enchantement notre intelligence sensible sait réinterpréter les signes cachés qui ne demandent qu’à être révélés au grand jour.  Non seulement on se connecte avec le ciel, c’est-à-dire avec ce qui nous dépasse et nous offre une dimension absolue mais on se relie aux courants de tout ce qui existe et qui nous influence. La nature, le sens de l’autre, le minéral, le végétal, les vibrations infinies de tout ce qui vit pour s’allier à la vie toute puissante et son lot d’offrandes.

 

Il suffit d’y croire sans douter à notre talent de se  surpasser en effaçant tous les liens qui nous retiennent tels que la peur, l’angoisse, l’assurance d’échouer, l’avis des autres qui nous incitent à abandonner et démolissent par quelques phrases assassines tout velléité de bâtir quelque chose de différent par « tu n’y arriveras pas ! »- « Abandonne ! » - « Tu n’es pas à la hauteur de ton projet ! »- Nous les avons tous entendues  ces phrases prononcées par des peureux de la vie.  Tandis que votre voix vous persuade qu’il ne faut pas écouter les pessimistes qui se plaisent à dessiner autant de diables sur autant de murailles, qu’avec un peu de courage vos projets les plus « fous » peuvent s’accomplir. C’est là où la ténacité entre en scène, celle qui tient tête contre vents et marées et vous accompagne sans vous lâcher la main une seconde, elle vous entraîne sur les chemins solitaires de ceux qui osent s’engager sur des voies nouvelles et inconnues sans craindre d’échouer, parce que le plus important, en fait, c’est d’essayer. Tenter et ne pas réussir crée moins d’amertume que de ne jamais s’engager sur la route infinie de ses rêves, parce que chemin faisant ces paysages aux contours insoupçonnés nous apprendront toujours quelque chose qui participeront à élargir notre compréhension du monde dans lequel on évolue. L’amertume trouve sa source profonde dans le manque de courage,  dans l’incapacité à prendre des risques par  une crainte souvent infondée qui paralyse tout projet.

 

On finit par s’exiler de sa propre vie lorsqu’on ne la vit plus, on devient les tristes observateurs d’une existence que l’on aurait souhaitée si différente. Le renoncement est le glaive tranchant de toutes  nos attentes.

 

Tricoter dans le ciel est une métaphore de cet élan magnifique qui nous donne des ailes, de l’énergie, de l’espoir fou et cette joie immense de voir nos rêves se réaliser. Ses rêves que l’on tricote sur l’entier de nos vies et qui lui donnent une consistance, un relief, un parcours singulier tissé de succès et de constructions splendides. Alors tricotons sans plus attendre notre vie à l’aube de nos songes radieux sous un ciel clément qui ne demande qu’à nous tendre la main.

 

 

Tel est le message que nous souffle le chaman, celui que vous entendez tout au fil d’une vie, cette voix mystérieuse qui paraît vous accompagner, il suffit de tendre l’oreille. Le plus grand chaman de notre vie est en nous. Il est là paisible au fond de nos consciences toujours prêt à nous montrer la voie royale,  il nous rappelle notre équilibre souverain, l’ harmonie inhérente à notre  moi,  si on s’arrêt un instant et prêtons attention, on le constatera aussitôt, il nous parle,  nous insuffle cette énergie dont on a besoin pour avancer. Cette dimension onirique qui nous habite fait partie intégrante de nous, pourtant on l’oublie. On court après de faux dieux, de fausses idoles au détriment de cette voix cristalline qui paraît tant savoir et murmure à notre conscience les choix justes. Ce souffle étrange qui nous permet d’appréhender  avec une parfaite justesse les options qui s’imposent à nous. Le chaman qui arrive sur la pointe des pieds, silencieux comme une ombre, est cette conscience omniprésente qui analyse et critique avec rigueur et sagesse nos actes passés et à venir sous l’angle de la conscience universelle, celle-là même qui paraît nous prendre par la main et nous entraîner sur les voies de l’absolu discernement. 

 

Ralentir, ressentir, et laisser le miracle agir, celui de notre sagesse infinie, c’est en cela que réside notre dimension chamanique. Nous sommes notre propre chaman. 

 

Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright 
 

 

Le temps

Le temps est un oiseau blotti au creux de notre vie qui prend toujours trop tôt son envol et que l'on ne peut retenir. Le temps est tantôt le grand guérisseur, tantôt celui qui éloigne les amoureux ou tue l'amour. Le temps, c'est constater surpris que ses enfants sont déjà grands, et qu'on s'est à peine aperçu que les années ont filé, les voilà, déjà, hors du nid.

C'est un visage que l'on déchiffre dans un miroir et qui raconte la longue histoire de sa vie, marquée au creux des sillons profonds. Une attente infinie de jours qui ne semblent jamais finir, ici, tandis que là les jours vous ont filé entre les doigts pareils à du sable qui glisserait de façon inexorable.

 

Notre rapport au temps tient du mystère ; ce lien affectif que l'on tisse avec cet élément dont on dépend entièrement, sans aucune influence sur lui, néanmoins il a plein pouvoir sur nous, sur le cours de notre existence. Il est le toujours présent, invisible qui minute après minute, seconde après seconde nous accompagne.

Il est un miroir de notre ressenti, un créateur de sentiments fugitifs ou durables, il trouble les âmes, ordonne les battements de coeur seconde après seconde, il suffirait qu'il s'absente quelques minutes, qu'il nous oublie un court laps de temps et nous partirions sans jamais pouvoir revenir. Il est une durée, un espace marqué par une distance, on trace notre parcours de vie attaché à ses pas, dans son tracé fidèle dont on ne peut s'écarter au risque de périr.

 

Ce fidèle compagnon que l'on maudit parfois, que l'on invoque souvent , on s'acharne à croire que nous l'influençons, qu'on le gère, qu'on le planifie, qu'on le canalise. On s'est inventé mille et une ruses pour jongler avec lui. Et dans le fond, certains restent les bras ballants, épuisés et constatent amèrement qu'une journée n'a que 24 heures, qu'ils n'ont encore rien eu le temps de faire , alors que d'autres ont réalisé peu, mais ils demeurent sereins face à la tâche parfaitement accomplie.

 

Le regard que l'on porte sur le temps est à l'image de notre intériorité, l'hyperactif s'acharnera à réaliser un maximum de choses en un minimum de temps, du reste c'est son credo. C'est son mode de vie, puis il se plaint de n'avoir jamais le temps de faire tout ce qu'il voudrait. Il tourne comme une hélice, toujours agité, toujours sur le fil du rasoir, il ne tient pas 3 secondes sur place, toujours prêt à courir, a s'envoler, en perpétuel mouvement, il mange vite, il parle vite, expédie d'un revers de main tout ce qu'il entreprend. Il ne vit jamais l'instant présent, parce qu'il s'est déjà téléporté dans son agenda sur les heures, les semaines, les années à venir. Toujours préoccupé par ce qu'il fera ensuite. Il vient d'acheter une maison et il songe déjà à la prochaine. Il est en vacances et il feuillette la catalogue des prochaines escapades pendant que le bleu céruléen de l'Océan lui passe sous le nez. Il additionne les excursions et en prévoit déjà deux autres. Il accumule les relations, mais les entretient de façon superficielle. Autour de lui, tout n'est que bruit et fureur, mouvement incessant, il mouline sans cesse, dans une intranquillité permanente. Et la société adule ce profil de celui qui saute, s'agite, fait de grands gestes avec ses bras, s'active en permanence, un profil rentable, paraît-il. Il brasse de l'air et de l'argent, en dépense autant, et finalement, il a peu le temps de méditer, de réfléchir sur sa vie, il s'en contente jusqu'au jour où ! Parfois le cours de l'existence bascule, un événement force à changer sa façon de vivre et réaliser qu'avant : »Je passai mon temps à courir » maintenant je ralentis, je prends le temps de vivre depuis que ....................... Comme moi, vous l'avez souvent entendue cette phrase.

 

Et il y a les autres, ceux qui prennent le temps de vivre. Amusante cette expression, comme si les précédents passaient à côté de leur vie, à courir allez savoir après quoi ! Du vent, répondent certains.

 

L' image d'un homme dans le désert en Egypte, m'avait beaucoup impressionnée. Il était debout face à l'horizon et restait ainsi des heures à observer le néant, tandis que les heures s'écoulaient. Imperturbable, il paraissait en communion parfaite avec le silence, le temps et l'espace, il se dégageait de cette stature, une force extraordinaire. Trois richesses qui vous nomment roi, qui vous font rayonner au coeur du désert le plus aride.

Et si de cette magnifique combinaison silence-temps-espace naissait notre pleine réalisation de soi. Et si finalement, face au rien nous pouvions encore être riche de nous-même. Faudrait-il encore consacrer du temps à soi-même pour s'en convaincre. Nous sommes porteurs d'infini et d'éternité, c'est cela que constate, sûrement, cet homme seul dans le désert, ivre de lui-même, à jouir de son être incommensurable.

La plus grande offrande que l'on puisse donner à son existence, c'est du temps pour se réconcilier avec elle, la sentir dans ses plus profondes interstices et découvrir les champs infinis  qui nous habitent ; et s'offrir, ainsi, nos richesses multiples, si proches, juste à portée de main.

 

Chronos est un Dieu aux facettes multiples, parfois ami, parfois ennemi. Il mérite notre attention la plus scrupuleuse, parce que tout se joue en fonction du temps. Certains stratègent l'invitent à tout bout de champ ; faire traîner une négociation pour mettre des adversaires sur les braises incandescentes de l'impatience et les faire craquer, intervenir rapidement plus vite que l'éclair dans une riposte militaire et prendre l'ennemi au dépourvu. Comme au jeu du chat et de la souris, le temps se joue des hommes.

 

L'enfant trouve le temps long, l'adulte trop court ! Cette appréciation de la durée est à l'image de nos attentes, l'enfant aimerait grandir le plus vite possible pour réaliser tout ce qu'il voit faire par les grands, les grands, quant à eux rêveraient d'arrêter le temps et revenir à l'époque de leur enfance. Un chassé-croisé passionnant qui démontre qu'on n'est jamais tout à fait au rendez-vous du ici et mainte

nant, le temps est toujours au rendez-vous alors que nous le manquons inévitablement. Trop en arrière, trop en avant, le moment présent nous file entre les doigts et pourtant, il est porteur de trésors infinis ; il est celui qui apporte l'instant de bonheur après lequel nous courons tous sans jamais l'apercevoir, à force de courir, en arrière et en avant, alors qu'il est là devant nous, il nous échappe parce que nous n'étions pas au rendez-vous de notre bonheur.

 

Ce « ici et maintenant » est sans conteste la parcelle d'infini qui nous permet d'accéder au bonheur. L'instant présent est bien le moment de notre réalisation la plus ultime, être en accord avec son temps dans un espace requis que l'on emplit de sa présence physique et mentale, tout entier investi dans la fraction temporelle qui nous traverse et nous transporte plus en avant.

 

 

Le temps sert aussi à la construction d'une identité, d'affermir ses connaissances, un livre se lit au fur et à mesure d'une vie de façon toujours nouvelle, en regard de notre propre évolution. C'est pourquoi, il est toujours intéressant de relire un livre en fonction de ce qu'on y découvre, on ressent le chemin que nous avons parcouru depuis la dernière fois. Ce que l'on comprend sous un jour nouveau et que l'on n'avait pas saisi jusque là, une observation , un constatation, une réflexion nouvelle. La pensée s'est affinée, elle fouille davantage, elle interpelle en fonction du vécu. On perçoit bien le temps qui a passé à travers cet exercice de relecture qui nous permet de marquer et qualifier la distance parcourue. Revenir sur les lieux de sa mémoire à l'aune de son expérience nouvelle et à chaque fois, s'étonner des façons multiples et sans cesse renouvelées de considérer ce passé réinterprété à la lumière d'un jugement qui ne cesse de s'affiner. Une autre façon, de panser les plaies, de parvenir enfin à expliquer ce qui paraissait incompréhensible jusqu'alors. De comprendre que le bourreau était sans doute, aussi une victime, avoir pris une distance suffisante pour enfin être capable d'humaniser, de donner un nom à ce qui nous fait trembler ,

et se débarrasser des angoisses persistantes d'un monstres ou des monstres tapis dans notre inconscient et qui continuent à nous faire peur. Une prise de distance offerte par le temps qui passe comme une offrande à l'être en perpétuel devenir, qui laisse derrière lui le poids amer de ce qui l'empêche d'avancer libre et sans peur.

Combien de fardeaux avons-nous laissés derrière nous, ces choses lourdes qu'on traîne sous mille et une formes qui nous freinent , qui nous rendent tout si pesant, la moindre initiative se transforme en projet impossible à réaliser et dont l'idée même nous épuise.

Le temps est aussi un effaceur ; une gomme qui efface les contours d'une vie, les aspérités tranchantes, au fur et à mesure qu'il redessine les paysages de nos vies intérieurs nous assistons à chaque fois, à la surprise de vues repeintes, de tableaux dont on perçoit différemment les portraits d'un tel, d'une situation qui apparaît sous un jour nouveau, une coloration permanente du passé que le temps, avec son grand pinceau de couleurs passe et repasse, retravaille sans cesse, notre antériorité même est en perpétuel mouvement, à l'image de notre capacité à observer le nouveau chef-d'oeuvre que le grand pinceau ou la gomme nous a réalisé.

 

Le temps est aussi un artiste en perpétuelle phase de création qui nous interpelle, nous invite à poser un regard constamment renouvelé sur notre propre vie. Nous héritons de ce mouvement incessant d'aller-retour sur la toile de notre vie qui transforme notre passé en lieux dynamiques et qui nous projettent vers un avenir dont on perçoit le tracé différemment en regard de ces lieux revisités. Le passé n'est donc pas figé, il est investi par le temps qui ne cesse de le réinvestir.

 

Ce qui laisse présager que le passé a encore un effet sur l'avenir, un lien continu, un balancier perpétuel se joue entre la réinterprétation du passé, la jouissance du moment présent, et les perspectives futures induites en fonction de ce passé revisité. Un lien continu entre les trois phases présente une toile cohérente sur laquelle on tisse son passé pour déjà s'offrir un nouvel avenir. Donc le passé influence encore l'instant présent et le futur. Et le futur résonnera dans un passé lointain qui se réanimera pour renvoyer des messages nouveaux. Tout est en perpétuel mouvement, le temps est grand métier à tisser nos vies. Il va et revient, inlassablement entre le passé, le présent et le futur, il ne cesse de rajouter un fil nouveau tendu à travers tout l'ouvrage et qui recompose inlassablement l'ouvrage dans son ensemble.

Le temps est un métier à tisser notre vie, la vie de chacun de nous, qui sous les mains expertes de ce grand tisseur, ne cesse plus d'offrir des couleurs, des nuances nouvelles et magnifiques et qui au fur et à mesure de notre existence constitue un chef-d'oeuvre riche, nuancé et qui tend vers la perfection d'une vie pleinement réalisée.

 
 
Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright

 

Posséder pour s'appauvrir

Ce que l'on possède finit par nous posséder, ce qui devait nous enrichir finit par appauvrir  notre liberté. Une liberté cadenassée, freinée par ces choses que l'on accumule et qui nous prennent du temps, nous angoissent par crainte  de les perdre,  nous attachent parce que les objets vivent aussi de leur vie propre. Ils s'installent sans qu'on s'en aperçoive dans nos espaces intérieurs, ils s'imposent dans nos consciences et nous privent de notre  liberté de mouvement, ils nous envahissent peu à peu.

Ces choses que l'on ne cesse d'accumuler sans vraiment en avoir besoin, que l'on véhicule dans le périmètre de nos existences et qui vont de la voiture trop grande, à une ou plusieurs maisons que l'on ne peut habiter de  façon simultanée, des habits en pagaille que l'on jette régulièrement parce qu'on ne sait même plus à qui les donner . Des heures dépensées à gagner de l'argent pour aussitôt le convertir en autant d'envies qui créent d'autres envies encore plus inutiles.  Ces objets qui nous parent et nous désemparent créent un écran d'illusion aux yeux des envieux qui nous jaugent à l'aune de nos biens, de nos richesses si éphémères et que l'on emportera nullement au-delà de nos pauvres vies si vite réduites à néant, réduites en poussières emportées par l'oubli.

 

Posséder donne une forme de puissance illusoire et nous plante dans un décor que l'on croit ainsi habiter pleinement et sur lequel on aurait une influence totale. Il s'agit bien d'un décor dans lequel on évolue pareil à des ombres et ces objets encore plus insignifiants qui se projettent sur un écran et se meuvent nous berçant de fausses croyances, comme si le fait de posséder allait pouvoir nous retenir à ce décor construit de toutes pièces.  A nos angoisses existentielles on répond par un tour de passe passe magique qui consiste à sortir de nos chapeaux autant d'objets qui ont pour motif de nous attacher, de nous retenir à la vie. Comme si à force de posséder, on ne partirait plus. Non seulement on partira pour toujours, mais avant même de disparaître, ils nous ont déjà paralysés dans cette atmosphère mortifère transformé en musée de statuettes, d'effigies, de collections vaines, au milieu desquels on se meut prudemment pour ne plus rien déranger. Nous sommes, sans le savoir, devenu une pièce, objet de notre propre décor d'où la vie, peu à peu, s'en est allée. La peur de les perdre, toutes les statues compilées, les collections compulsionnelles,  toutes les stratégies  pour les garder,  les multiplier, quitte à les voler ne font que nous affaiblir et nous engloutir avant même  notre heure fatale.  A l'idée de les partager ou d'être volés nous en tremblons par avance, nous érigeons des murs, nous achetons des coffre-forts, nous engageons des hommes en uniformes pour protéger ces biens qui nous dévorent, nous et notre vie.

Il nous faut admirer ces animaux qui n'ont que leurs ailes pour voler, qui déambulent sans rien sur eux, ils n'ont que leur puissance de vie qui les font pleinement exister. Ou ces mendiants, ces errants, ces ermites que l'on envient au fond de nous-mêmes parce qu'ils nous montrent à quel point la vie ne pourrait se contenter que de notre propre existence et d'un morceau de pain pour subsiste2r. Ces fous qui déambulent dans les grandes villes, avec juste une chemise sur eux et qui nous interpellent dans notre  manie de tout accumuler au point de disparaître sous la masse de  choses accumulées.

 

On voit ces réfugiés qui perdent tout et laissent tout derrière eux, maisons, pays, famille, ils repartent à zéro pour une nouvelle vie ailleurs qu'ils n'ont pas choisie, ils ont ce recul et le disent clairement, tout ce que tu as aujourd'hui peut disparaître, en quelques jours, en quelques heures. Il ne te reste avec un peu de chance que ta vie sur le dos, donc ils le savent bien par triste expérience, tout ce que l'on accumule peut être effacé d'un geste de la main, et si par chance  une arme ne t'a pas achevé, tu es encore plein de ta propre existence.  Dans les camps de concentration, les nazis ont en fait l'expérience, après dépossédé, avoir dénudé, rasé, torturé, ils ont dû se rendre à l'évidence, l'homme réduit à néant n'en reste pas moins homme, un être vivant, une essence dernière dont la vie continue à diffuser sa présence indestructible. Au bout de l'homme humilié, c'est l'homme dans sa toute présence qu'ils ont découvert. Une expérience ultime de la présence de l'autre, à travers laquelle on est confronté à sa propre réalité humaine.

 

 

Chérir sa liberté, c'est surveiller attentivement de la nécessité de laisser un objet entrer dans sa vie et d'analyser sous le regard critique sa fonction,  sa nécessité  indispensable ou imaginaire.  Dans le cas échéant, il se transforme en charge inutile. L'espace sans objet offre une plénitude que l'on peut habiller de sa propre présence.  On voit chez les Nomades ou les peuples errants, le peu de chose qu'ils possèdent. Leur facilité de mouvement, libre de trop d'attache. La matérialité nous retient assurément, nous freine, nous empêche d'avancer quand elle ne nous cloue pas carrément  à terre, écrasés par le poids de ce qui nous a envahis.  Et lorsqu'on vous a tout pris et qu'on n'a plus rien à donner, si ce n'est notre personne « désintéressante », ce sont de nouvelles relations que l'on établit avec les autres, des relations plus proches, séparées par aucun objet du désir que l'on souhaiterait s'approprier chez l'autre. N'avez-vous pas entendu plus d'une fois, celui qui se lamente d'avoir fait faillite et de se retrouver « sans amis » et de s'en étonner, quand le champagne coulait à flot et que le porte-monnaie largement ouvert intéressaient toutes ces personnes qui évoluaient si proches de l'heureux propriétaires et qui se sont volatilisées au premier coup dur. Une chance néanmoins de pouvoir séparer enfin le grain de l'ivraie.  Et le dicton populaire de nous rappeler  que  lorsqu'on a la santé, on a tout », une autre façon de dire implicitement que la vie se suffit à elle-même et que rien ne peut la remplacer .

 

Une autre possession tout aussi douloureuse, lieu de toutes les misères humaines, passionnelles et qui nous conditionnent est s'arroger le droit de croire que l'on possède quelqu'un comme un objet. L'époux sa femme, les parents leurs enfants, les supérieurs leurs inférieurs. L'amoureux épris qui s'enivre du sentiment de posséder l'autre qui le laisse s'illusionner en pensant que c'est cela l'amour. Les années contribueront à enlever le voile d'aveuglement et montrer la dure réalité et et ne présentera plus que le triste spectacle de deux libertés oubliées  et de constater combien chacun a perdu de son authenticité, et combien l'ennui ronge après ce banquet anthropophage durant lequel on s'est nourri de la liberté de l'autre  que l'on croyait pouvoir s'approprier. Il ne reste plus qu'à fuir, ou alors s'étioler et soupirer d'ennui.  Aimer signifie sans doute respecter la liberté de l’autre, comme la sienne propre, première forme de respect assurément.

 

Faire de l’individu un lieu d’attachement transforme la vie en cauchemar, l’enfant grandit qui s’en va et à qui on fait du chantage affectif, forme perverse qui déguise ce sentiment de possession. L’amoureux qui menace de se suicider si l’ »objet »  aimé, l’abandonne.  Autant de formes désespérées qui démontrent combien ce sentiment de possession est trouble, affligeant et surtout douloureux. Tout ce qui contribue à réduire notre propre liberté fait intensément souffrir.

Pour gagner, il faut être prêt à tout perdre ! Que de courage pour appliquer cette maxime. Mais l'appliquer donne la mesure de sa toute puissance. Vous offrez comme unique résistance votre liberté qui devient un mur infranchissable, une citadelle inexpugnable. Un détachement ultime dans un combat où vous êtes prêt à vous départir de tout pour obtenir ce qui vous paraît essentiel. Face à cela vous effacez les barrières, les angles d'accroche, vous n'êtes plus l'objet manipulé, ni manipulable. On ne sait plus par où vous attaquez, le vide que vous créez empli de votre seule présence et volonté deviennent des armes absolues. L'adversaire n'a plus aucune prise, il ne sait plus par où attacher quelqu'un en face de lui qui a opté pour le détachement le plus entier. Cette stratégie est implacable, elle demande juste de vous positionner sans ambiguïté, de vous offrir sans trembler de peur, sans crainte de perdre, vous vous profilez comme le vainqueur dont l'arme la plus efficace se traduit par le néant. Les coups seront donnés dans le vide et nous vous atteindront pas. Ce qui fait mal est de s'affaiblir par des éléments secondaires au détriment de l'essentiel, d'offrir le flanc en mettant en évidence ce qui vous tient lieu de points faibles, de failles par lesquelles les coups porteront. Effacez tout ce qui vous fragilise, il ne restera que votre volonté farouche de vous battre pour l'essentiel. 

 L’art sans doute nous réapprend à goûter à cette liberté, un trait éphémère qui crée un sentiment profond, on ne possède pas le trait, mais le sentiment est bien le nôtre. Se déposséder de nos illusions permet de se réapproprier sa propre existence, revenir à l’essentiel, c’est à dire à l’essence de sa vie. Tout ce que l’on croit posséder et qui nous possède nous éloigne absolument de la seule chose qui vaille la peine d’être possédée, sa vraie existence à travers une liberté inaliénable.  C’est cela que l’art nous enseigne, une liberté que nulle ne peut ni soumettre, ni contraindre. Les dictatures se sont toujours attaquées aux artistes car ils restent les seuls éléments capables d’enfreindre la longue liste d’interdits au nom d’une liberté totale. Ils demeurent insoumis et incontrôlables et ne craignent pas de tout perdre, la seule qui les fait trembler c’est la mise en danger de leur liberté. Les poètes sont difficiles à récupérer, ce sont des anges qui fraient avec l’infini et qui ne possèdent que ce qui mérite d’être possédé : la liberté.

 

Derrière l’essence, l’existence pleine sans fard, sans tricherie, sans accumulation derrière laquelle, on finit par enterrer nos vies, l’être délivré de tout ce qu’il accumule ne se retrouve nulle part ailleurs qu’en face de lui-même. Un tête-à-tête qui crée une forme de puissance d’exister sans pareil.  Le détachement prôné par les plus grands courants spirituels a pour mission noble de permettre à l’individu d’exister pleinement et de se réapproprier sa liberté , contre tout autre forme d’esclavage.  Non seulement on se détache des choses, mais de soi-même car l’on peut devenir son propre objet, le jouet de ses sentiments qui nous envahissent et nous font perdre toute maîtrise. Ce qui laisse dire qu’un tel ou une telle est « possédée » sous-entendant qu’il a perdu la raison, la liberté, il n’est plus maître de lui-même, il ne s’appartient plus. Les sentiments qui nous possèdent et nous submergent peuvent nous faire perdre le contrôle de nos vies.  L’individu détaché dessine les chemins de  son propre bonheur, il s’approprie sa vie dont il a la pleine  maîtrise. Se déposséder de ce qui nous encombre nous délivre, choses et sentiments compris.

La liberté se suffit à elle-même, elle est un ange aux ailes fragiles, un rien les apesantit et l’empêchera de voler,  si léger et si aérien. La liberté ne supporte pas le poids des choses éphémères qui nous rendent dépendants et qui nous attachents pieds et mains liés.  La liberté ne supportent pas les dépendances qui nous possèdent, la seule réponse est bien le détachement le plus absolu.

 

 

Dessin de Antezana Gloria
 
copyright © Textes et dessins soumis au copyright 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires

19.05 | 15:59

très beau poème quand à votre envie de quitter le journalisme d'autres doivent penser la même chose.Cette profession est en danger grâce au numérique

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09.02 | 15:33

contes 11 et 12 incroyables!!!! à toi de faire le 13ème... il ne te reste que peu de temps.

gros bisous!

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07.02 | 03:10

MERCI

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07.02 | 03:09

c'est Varkala un peu ton conte. Ecrire pour se sentir exister, c'est tellement vrai. L'écriture est sacrée mais elle n'est qu'un moyen d'atteindre un ailleurs

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